vintage sea dweller

Comme on l’a vu dans d’autres articles sur ce site, et notamment lorsque nous parlions de la légendaire Omega Speedmaster les montres de luxe n’ont pas toujours été des accessoires de mode ou des façons d’exprimer un statut social. À une époque, les montres les plus performantes étaient de véritables outils de travail. La Rolex Sea-Dweller, dont nous allons parler aujourd’hui, fait partie de ces montres-outils, destinées à des professionnels bien particuliers.

 

Une montre méconnue

rolex montre plongée

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la Rolex Sea-Dweller ne fait pas partie des modèles les plus connus de la marque. D’ailleurs, un nombre plutôt réduit de Sea-Dweller est produit chaque année, tout simplement parce que la demande est relativement faible elle aussi. Mais cela ne veut absolument pas dire que la montre est de moins bonne qualité que les autres Rolex, bien au contraire. La Sea-Dweller est méconnue et peu vendue parce qu’elle est destinée à un marché niche de connaisseurs, de collectionneurs, et de professionnels de la plongée à saturation.

Ce n’est pas la seule montre qui vise les marchés niches. On sait que Rolex a toujours mis un point d’honneur à produire des montre pour tous, et surtout pour ceux qui ont besoin de matériel à la pointe de la technologie, pour des utilisations dans des conditions extrêmes. La Rolex Tru-Beat, spécialement conçue pour les docteurs et autres spécialistes de la santé qui s’en servaient pour mesurer avec précision les signes vitaux des patients, est un bon exemple d’une Rolex destinée à un marché niche. La Milgauss et ses propriétés anti-magnétiques qui servent à une poignée de scientifiques fait également partie des montres spécialement conçues pour des groupes réduits d’individus. La différence entre la Sea-Dweller et les deux modèles que nous venons de citer, c’est le fait qu’elle soit encore produite et vendue 50 ans après son lancement, alors que les deux autres, malgré leurs performances et leur réalisation d’une précision et d’une justesse sans faille, ont été retirées de la vente en raison d’une demande trop faible (Il peut être intéressant de noter que la Milgauss est à nouveau produite et vendue de nos jours, et ce depuis 2007. De nouvelles versions ont été proposées 19 ans après que la marque ait arrêté la production de la ligne d’origine, et ont rencontré un franc succès. A croire qu’en 1956, date de son premier lancement, Rolex était déjà en avance sur son temps….).

Un prototype devenu classique

Comme vous le savez certainement, Rolex a présenté au monde sa première montre de plongée, la légendaire Submariner, en 1954. Ce n’était pas la première montre de plongée au monde, mais elle s’est imposée comme le standard ultime, tant au niveau du design qu’au niveau de la technique. La Submariner était déjà un parfait compagnon de plongée, mais certains professionnels ont découvert ses limites. Ces professionnels, ce sont les spécialistes de la plongée à saturation, une plongée en eaux profondes pendant des périodes de temps pouvant atteindre plusieurs semaines. Lors de ces plongées, on utilise entre autres de l’hélium dans l’environnement dans lequel les plongeurs évoluent et respirent. Cela signifie que des particules d’hélium vont se loger à l’intérieur de leurs montres. Lors de la décompression, l’hélium doit être expulsé du boîtier de la montre, et sur les premières Submariner, lorsque la décompression était trop rapide, il s’expulsait en faisant sauter le cristal. Pour tenter de résoudre ce problème, de nombreux prototypes ont été mis à l’épreuve, et ces derniers étaient appelés « Sea-Dweller », comprenez « habitants de la mer ». Ces recherches ont mené à la découverte et à la création de la fameuse valve d’expulsion d’hélium que vous connaissez bien sur les montres de plongée d’aujourd’hui, et qui est devenue la signature de la Sea-Dweller. C’est comme ça qu’a commencé l’histoire de la Rolex Sea-Dweller, la montre de plongée extrême, née en 1967.

L’évolution d’un exploit technique

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La première Sea-Dweller, la référence 1665 « Double Red » (photo ci-dessous), résistait donc à des profondeurs plus de trois fois plus importantes que la Submariner de l’époque, soit 610 mètres de profondeur. Elle est appelée la DRSD, pour « Double Red Sea Dweller ». Elle tire son surnom des deux lignes d’inscriptions rouges sur le cadran. D’autres prototypes de Sea-Dweller sur lesquels on ne trouvait qu’une seule ligne d’inscriptions rouges, comme celle en photo ci-dessus, furent également vendues à l’époque, sous le surnom de « Single Red Sea Dwellers ». Ils ne possédaient pas tous la valve d’expulsion d’hélium, mais à partir de la DRSD, cette signature fut maintenue jusqu’à aujourd’hui. Il peut être intéressant de noter que les « Single Red Sea Dweller » de l’époque sont très rares, très chères, et très recherchées par les collectionneurs d’aujourd’hui. Ces modèles sont pratiquement introuvables, et sans exagérer, on peut estimer qu’une « Single Red Sea Dweller » entièrement d’origine s’échangerait assez facilement dans une enchère contre plus d’un million de dollars.

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La DRSD donc, proposait un boîtier de 40 millimètres de diamètre, et une fenêtre de date située à trois heures sur le cadran, mais sans dispositif de grossissement appelé « Cyclope » comme on avait l’habitude d’en voir sur d’autres modèles phares de la marque à la couronne. La raison de l’absence de ce dispositif de loupe est simple : À l’époque, les cyclopes étaient simplement collés sur le cristal. Cette technique de fixation n’aurait pas pu résister aux conditions extrêmes pour lesquelles la Sea-Dweller était conçue. La décision a donc été de le supprimer purement et simplement. L’épais cristal en plexiglas bombé utilisé pour cette montre était du plus bel effet.

Entre 1967 et 1977, quelques dérivés de cette référence ont été proposés au fil du temps, proposant chacun sa petite différence au niveau du cadran. Ces évolutions sont classées de Mark 0 pour la plus vieille et la plus chère, à Mark 7 pour la plus récente des DRSD de l’époque.

La disparition des lignes d’inscriptions rouges

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De 1977 à 1983, c’est la référence 1665 « Great White » qui a pris le relai, avec son nom inspiré du nom anglais du grand requin blanc, mais aussi des inscriptions sur le cadran qui sont passées de rouge sur la référence précédente à blanc sur cette évolution. Le reste de la montre reste pratiquement inchangé par rapport à la DRSD. Sur la « Great White », on trouve aussi des configurations légèrement différentes allant de Mark 0 à Mark 4. C’est la Mark 2 qui a fait le plus de bruit et qui vaut aujourd’hui le plus cher parmi toutes les Great White, en raison d’un alignement spécial des mots des lignes du chronomètre. La Great White est la dernière Sea-Dweller à être dotée d’un cristal en plexiglas. Les modèles qui suivent ne sont donc plus considérés comme réellement vintage par beaucoup d’amateurs.

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De 1978 à 1989, c’est la référence 16660 (ci-dessus) qui fut produite. Surnommée la « Triple Six » en rapport avec sa référence, cette montre marque un certain nombre de changements importants par rapports aux 1665 classiques. Elle fait partie des premières Rolex à être équipées d’un cristal saphir, et annonce donc l’évolution vers la Sea-Dweller moderne. En terme de performance, elle devient résistante à 1 220 mètres de profondeur, le double des premières Sea-Dweller du marché. Son boîtier est plus gros lui aussi, tout comme sa valve d’expulsion d’hélium. Sa lunette devient unidirectionnelle pour des raisons de sécurité, et le disque sur lequel est inscrit la date perd son rendu argenté pour devenir blanc. Le calibre utilisé dans la Triple Six est lui aussi nouveau. Il s’agit du calibre 3035 qui remplace le 1575.

On peut classer les Triple Six en deux catégories : les plus anciennes proposent un cadran mat sur lequel les indices d’heures sont peints, alors que celles un peu plus récentes offrent un cadran plus brillant, et utilisent de l’or blanc pour les contours des indices d’heures. En plus de la différence de rendu esthétique, l’aspect vintage est bien plus flagrant sur les montres aux indices peints.

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En 1989, la référence 16600, que vous pouvez admirer ci-dessus, fit son apparition, et fut produite jusqu’en 2009. Elle ne propose que de très petites différences par rapport à la Triple Six. Même verre saphir, même résistance en terme de profondeur… Le calibre qui l’entraîne en revanche, est une évolution du 3035, qui s’appelle le 3135, améliorant quelques performances de la montre. Elle fut produite pendant vingt ans, ce qui en fait la référence la plus longtemps produite parmi toutes les Sea-Dweller. Les seules évolutions sur la montre pendant ces vingt années sont les changements de matériaux luminescents utilisés pour rendre la montre lisible dans le noir complet des profondeurs. À ses débuts, la 16600 utilisait du tritium. Elle est ensuite passée sur le célèbre Luminova, et enfin sur l’éternel SuperLuminova, plus efficace et plus résistant.

Toujours plus loin dans les profondeurs

À partir de 2008, une autre référence a fait son apparition, qui est d’ailleurs toujours produite aujourd’hui : la Sea-Dweller Deepsea 116660. « Deepsea » signifie « mer profonde », et on peut dire que cette montre porte bien son nom. Elle est résistante jusqu’à 3 990 mètres de profondeur, soit plus de trois fois plus profond que ce que peut endurer une Sea-Dweller classique. Pour arriver à supporter les pressions incroyables dans des eaux si profondes, la montre a subi quelques changements. Le verre saphir mesure cinq millimètres d’épaisseur, et est monté sur un boîtier de 44 millimètres de diamètre. Sa lunette est en Cerachrom, et les indices d’heures utilisent la substance Chromalight pour briller d’un beau bleu dans le noir profond qui règne à presque 4000 mètres de profondeur.

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En mars 2012, James Cameron a battu le record du monde de la plongée la plus profonde en solo en descendant à près de onze kilomètres de profondeur à bord du Challenger Deep. À cette occasion, Rolex a spécialement préparé une Deepsea Challenge pour accompagner le vaisseau. La montre, dont le boîtier mesurait 51 millimètres de diamètre, a donc résisté à une plongée à 10 908 mètres de profondeur. Deux ans plus tard, en 2014, Rolex dévoila une édition spéciale de la Deepsea pour commémorer cet exploit : la D-Blue Edition, dotée d’un cadran en dégradé de bleu, comme vous pouvez l’admirer ci-dessus.

Les Sea-Dweller d’aujourd’hui

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Entre 2014 et 2017, une autre référence fut produite : la 116600 (photo ci-dessus). Cette dernière est dotée d’une lunette Cerachrom sur un boîtier de 40 millimètres. Il s’agit d’un mariage intéressant entre des aspects vintages, comme les indices d’heure surdimensionnés et les marques de chaque minute sur le cadran, et d’autres aspects beaucoup plus modernes, comme le Chromelight bleu luminescent. Comme on vient de la voir, la référence de Sea-Dweller la plus longtemps fabriquée est la 16600. Quant à la 116600 ? C’est la référence la moins longtemps fabriquée, avec seulement trois petites années de présence.

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Depuis 2017, celle qui a remplacé la 116600 après sa courte apparition, c’est la référence 126600, en photo ci-dessus. Encore une fois un mélange très intéressant entre les touches vintages et les innovations modernes. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, c’est le grand retour de la ligne unique d’inscriptions rouges, qui rappelle très clairement les tous premiers prototypes de la Sea-Dweller d’il y a plus de 50 ans. Vous aurez également remarqué l’apparition pour la première fois dans l’histoire de la Sea-Dweller du cyclope, cette loupe qui grossit la date, placée à trois heures, sur le verre saphir. Le boîtier est passé à 43 millimètres de diamètre, et abrite désormais le calibre 3235, l’évolution du 3135, qui offre une plus haute résistance magnétique, une plus grande réserve de puissance, et une plus haute précision.

Le mot de la fin

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Plus de cinquante ans après sa création, la Sea-Dweller continue de faire parler d’elle, mais il s’agit principalement d’une montre de passionnés et de puristes. Cette montre aux performances extrêmes ne fait pas partie des montres commerciales de la marque, mais bien des montres conçues pour une utilisation professionnelle de pointe, comme on l’expliquait en préambule. Pendant plus de 50 ans, la Sea-Dweller a gardé cet esprit d’exclusivité, de performances hors du commun, et de montre résistante aux conditions les plus extrêmes qu’il soit. On l’évoquait également plus haut, les Sea-Dweller Single Red, les prototypes produits avant les Double Red, s’échangent contre des prix absolument incroyables lorsqu’elles font leur apparition dans les enchères du monde entier. Les collectionneurs se les arrachent, même dans des états médiocres, principalement en raison de leur extrême rareté. En 2012, une Single Red a été vendue pour 500 000 dollars. L’année d’après, en 2013, une autre s’est vendue à 400 000 dollars. Pourquoi moins chère ? Parce qu’elle ne possédait pas de lunette… En 2017, on sait qu’une autre Single Red originale a été vendue à un collectionneur asiatique, mais son prix n’a pas été communiqué…

En guise de comparaison, une Sea-Dweller Deepsea neuve se vend aux alentours de 11 250 euros aujourd’hui, et une D-Blue Edition, aux alentours de 11 550 euros. La Sea-Dweller 126600, avec son unique ligne d’inscription rouge en hommage aux Single Red tant convoitées, se vend en magasin aux alentours de 10 400 euros. Une montre qui reste évidemment relativement chère, et que l’on ne classera pas parmi les entrées de gamme de la marque à la couronne,  mais lorsqu’on connaît son niveau de performance et sa qualité d’exécution, on sait qu’elle offre un rapport qualité prix plus que raisonnable.

En bonus, une photo de la Deepsea Challenge, à côté d’une Sea-Dweller Deepsea classique…

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