G-Shock à 100€ VS Vacheron Constantin à 36,300€ : Quelle est la meilleure toolwatch ?

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« Une montre d’aventure à 30.000 € est elle forcément meilleure qu’une montre à 100€ ? »

C’est une question qui revient en permanence quand j’écris à propos de montres d’explorations automatiques dépassant un certain tarif :

« mais une G-Shock ferait pas mieux le boulot pour beaucoup moins cher? ».

Cette question revient aussi sous forme de remarque, voire de reproche : « mais faut arrêter de parler de montres aussi chères, pour l’aventure rien de mieux qu’une G-Shock ».

C’est un sujet vaste et complexe, aussi vais-je faire de mon mieux afin d’y répondre le plus objectivement et le plus précisément possible. Vous l’avez sans doute vu dans le titre, j’ai pris des exemples extrêmes afin de pousser le raisonnement jusqu’au bout.

Je tiens à préciser d’emblée un point qui me semble d’une importance capitale. Sauf cas exceptionnel, un explorateur n’achète jamais sa montre. Si celle-ci fait belle et bien partie intégrante du matériel de base de l’explorateur, principalement polaire (je vous encourage à lire l’article sur la Rolex Explorer que j’ai écrit et qui explique la nécessité de porter une montre en expédition), elle occupe une place particulière.

Il faut bien se rendre compte des liens extrêmement étroits qui lient le monde de l’exploration de celui de l’horlogerie.

L’histoire de ces deux univers se croisent à de multiples reprises. S’il est difficile de trouver des informations fiables quant aux garde temps accompagnant les explorateurs de la fin du XIXème et du tout début du XXème, tout change dès 1927. Afin de prouver l’étanchéité de son Oyster Perpetual, Rolex l’installe au poignet de la britannique Mercedes Gleitze pour sa désormais célèbre traversée de la manche à la nage. Avec cette réussite, incroyable pour l’époque, né ce que la marque à la couronne appellera plus tard les « témoignages Rolex ».

On connaît aussi l’histoire de la naissance de l’Explorer et son rapport avec la conquête de l’Everest, ou le lien qui unissait la Submariner et la COMEX. Le modèle le plus populaire chez Omega est très certainement la Speedmaster, qui doit grandement son succès grâce à sa place de choix dans l’histoire de l’exploration spatiale. Mike Horn et Panerai sont indissociables à chacune des expéditions du Suisse. A chaque aventure pionnière de l’histoire moderne une montre est liée.

Ces exemples pour vous expliquer donc que le lien entre les deux univers est immuable. Dans une grande majorité des cas, et c’est un point extrêmement important, cette relation s’établit sous forme de sponsoring ou de dotation. Le prix d’une montre rentre donc peu en considération quand il s’agit de la choisir pour vous accompagner dans une exploration. Un explorateur n’achètera pas un garde temps à plusieurs dizaines de milliers d’euros en lieu et place de son duvet, son réchaud ou sa tente, soyons bien clair là dessus. Ce type d’expédition est une aubaine pour les marques horlogères. Au-delà du succès marketing que peuvent connaître la Rolex explorer et la Speedmaster de chez Omega grâce à leur filiation, ces explorations sont des tests grandeur nature pour leurs produits, souvent dans des conditions parmi les plus extrêmes de la planète. Des conditions qui ne peuvent pas être reproduites en laboratoire, peu importe les efforts mis en place par les maisons horlogères.

Ce point étant précisé, nous pouvons passer à la suite de notre réflexion.

Une montre de luxe peut t-elle être compatible avec une montre d’aventure ?

vacheron constantin Overseas Everest Chronographe

Vacheron Constantin Overseas Everest Chronographe

Est-ce qu’une montre à 30.000€ a sa place au poignet d’un type en train d’affronter l’impitoyable environnement du plus haut sommet du monde? Et, encore mieux, est ce qu’une montre à 100€ ferait mieux?

Les réponses évidentes sont oui et oui…

Maintenant, vous n’êtes pas en train de lire cet article pour de l’évident.

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À gauche la version chronographe: 36.300€. À droite la version Dual-Time : 30.700€

La montre commercialisée par Vacheron Constantin à partir du prototype développé pour l’ascension de l’Everest de 2019 de Cory Richards (un immense alpiniste et photographe d’aventure) porte le nom d’Overseas dual time Everest et coûte un peu plus de 30.000€ pour le modèle de « base ». La version chronographe ajoute 6.000€ au total. Cette montre a bien évidemment sa place sur le toit du monde : elle a été développé spécifiquement pour, et ses caractéristiques sont impressionnantes.
Vacheron Constantin y mélange l’acier et le titane (notamment pour la lunette, la couronne et les boutons poussoirs) afin d’augmenter la résistance à la corrosion tout en allégeant l’ensemble. Le prototype était lui fabriqué entièrement en titane. Le boitier offre un diamètre de 41mm pour 12,8mm d’épaisseur. Les deux modèles affichent une résistance à l’eau jusqu’à 150m , un verre saphir et une tolérance accrue aux champs magnétiques. Les aiguilles sont bien entendu recouvertes de superluminova, bleu en l’occurence.

Le mouvement qui fait battre le coeur de ce garde temps est tout aussi exceptionnel. Pour la version Dual Time, Vacheron Constantin a développé un calibre manufacture aux petits oignons : le 5110 DT/2. Un mouvement automatique à 37 rubis qui oscille à 28.800 battements par heure et qui propose 60 heures de réserve de marche. Le rotor est remplacé par une magnifique masse oscillante en or rose 22k arborant une gravure de l’Everest basée sur une photographie de, vous l’avez deviné, Cory Richards. Grâce à un fond de boîte saphir, nous pouvons apprécier pleinement l’époustouflante finition du mouvement.

Ce calibre maison permet de suivre un second fuseau horaire à l’aide d’une quatrième aiguille. Plutôt qu’un système « GMT » 24h, Vacheron Constantin a choisi d’apposer un indicateur « AM/PM » sur le cadran. Une aiguille indique la date dans un sous cadran rond à 6h. La date est réglée à l’aide du second bouton poisson situé à 4h. Le garde temps est proposé sur deux bracelets, un Cordura gris paré de surpiqûres oranges et doublé en veau nubuck, et un caoutchouc gris.

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Les fonds de boîtes. À gauche la chronographe. À droite la Dual-Time.

Si on prend un peu de recul, la montre est impeccable. La lunette à six pans évoquant la croix de malte, le cadran à grains gris, l’alternance de satiné, de poli et de microbillé pour les finitions, la touche de orange apportée par deux aiguilles qui rehausse le tout… Bref, c’est élégant, c’est beau, et ça respire l’aventure. Vacheron Constantin parvient avec cette Overseas Everest à évoquer à notre subconscient les grands espaces, le dépassement de soi, le combat contre les éléments.

Et une G-Shock à 100€ ne fait pas mieux ?

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Le Duel !

Maintenant que je vous ai présenté le modèle, retour à notre sujet principal. Cette montre est-elle une meilleure option qu’une G-Shock à 100€?

J’ai choisi comme exemple un classique absolu : la DW-5600E-1VER à 99€.

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Casio G-SHOCK Homme Digital Quartz Montre avec Bracelet en Caoutchouc DW-5600E-1VER
  • Digitaluhr aus der CASIO G-Schock Kollektion - DW-5600E-1VER
  • Design sportif et innovant pour hommes
  • Une fois réglé, le calendrier automatique affiche toujours la date correcte.
  • Parfait pour la plongée libre sans équipement : La montre est testée pour une résistance à l'eau jusqu'à 20 bar.
  • 4 ans de garantie

Qu’est ce que vous pouvez espérer obtenir pour ce prix accessible ?

Evidemment ici pas de mouvement automatique. Un bon vieux quartz. Moins cher, moins luxueux, moins organique, mais aussi plus précis. Résistance à l’eau : 200 mètres.

C’est déjà 50 mètres de mieux que la VC. Le boîtier en résine offre une résistance devenue légendaire aux chocs comme aux vibrations. Certainement bien plus que le boitier parfaitement fini de l’Overseas.

Côté fonctionnalités, la Japonaise n’est pas non plus en reste. Alarmes multiples, bip horaires, cadran rétroéclairé, calendrier automatique, format 12 ou 24h, chronomètres précis au centième, compte à rebours… La liste n’en fini plus.

Mettons ces deux modèles en perspective, et propulsons les dans le monde réel.

Vous partez tenter l’ascension de l’Aneto, le plus haut sommet des Pyrénées. Deux jours avant le départ, vous préparez vos affaires. Vous avez votre tente, votre duvet, votre réchaud, votre couteau, vos crampons, votre piolet, votre corde, votre lampe frontale et j’en passe. Vient l’heure de choisir votre montre. Est ce que vous prenez la Vacheron Constantin à 30.000€ ou la G-Shock à 100€?

Celle que vous choisirez sera le bon choix. Il existe une expression qui dit : le bon couteau de survie c’est celui que l’on porte sur soi. Ce dicton s’applique très largement ici. La bonne montre d’aventure c’est celle que vous aurez au poignet pendant votre aventure.

Je sais, je sais. Vous êtes déçus, parce que j’élude et je ne réponds pas à la question posée en préambule. Ne vous inquiétez pas, j’y viens, promis.

Si je devais choisir avant cette ascension entre nos deux héroïnes du jours, je prendrai sans la moindre hésitation la G-Shock. Une alarme me sera bien plus utile le matin dans la tente pour me réveiller pendant la fenêtre météo me permettant l’ascension qu’une masse oscillante en or rose, aussi magnifique soit elle. Si je suis dans une situation extrême, l’alternance de poli, de satiné et de microbillé dans les finitions de ma montre, je m’en fous royalement. La résistance de la G-Shock aux rayures comme aux chocs permet d’oublier qu’elle est là, peu importe ce qu’on va lui faire endurer. Si vous portez une montre qui a le prix d’une belle berline ou d’un prêt étudiant au poignet, elle devient un poids qui influe sur vos mouvements. Ce qui fait d’ailleurs écho aux personnes qui enlèvent leur submariner avant d’aller à l’eau. La bonne montre d’aventure, c’est celle que vous portez sans scrupule, qui vous offre assez de fonctionnalités pour être un véritable outil dans votre kit d’explorateur.

En 2019, j’ai marché 3000 kilomètres à travers le Canada en plein hiver. Les températures descendaient jusqu’à -30°C, -40°C et parfois même -50°C. J’affrontais quasi quotidiennement des blizzards, des tempêtes de neige et j’en passe. Ces conditions terribles ont eu raison d’une partie de mon équipement, notamment un réchaud développé spécifiquement pour des expéditions de ce type. Pendant toute la durée de l’aventure, soit 5 mois, je portais une G-Shock Rangeman au poignet, qui datait de l’époque ou j’exerçais comme ambulancier pour le SAMU.

 

Je vous présente la montre aujourd’hui vous pourriez presque penser qu’elle est neuve. Vous seriez loin de vous imaginer qu’elle a subi un traitement si violent.

A quelques exceptions notables, notamment à partir de -35°C où le cadran n’affichait plus rien, elle s’est portée comme un charme tout au long de cette expédition. Une montre à 30.000€ n’aurait pas mieux fait, j’en suis certain.

Aujourd’hui, je porte une Ollech & Wajs C-1000 au cours de toutes mes aventures. C’est une montre suisse animée par un ETA 2824-2. Je l’ai notamment portée lors d’une expédition en Laponie l’hiver dernier, et malgré les -25°C, les tempêtes et les chutes extrêmement violentes (parfois directement sur le saphir), elle n’a pas dévié d’une seconde et présente très peu de cicatrices de ces évènements.

La question étant : est-ce que je regrette ma G-Shock, qui avait bien plus de fonctionnalités (un thermomètre, un altimètre et j’en passe), et qui était certainement bien plus solide?

Pas une seule seconde.

La raison est simple. Nous, les amateurs de montres, sommes une race bien à part. Les capacités d’une montre importent, ses fonctionnalités aussi. Mais nous recherchons bien plus que ça. Nous voulons développer une relation spéciale, unique avec notre garde temps. Nous aspirons à raconter une histoire à travers elle. Et quoi de mieux, quoi de plus organique qu’un mouvement mécanique pour ça. Chacun de vos coups de piolet, de vos mouvements de bâtons dans la neige donne vie à cet objet sur votre poignet. Et c’est comme ça que nous créons un lien indéfectible avec un objet qui pour certains n’est qu’un bijou, mais qui pour nous est bien plus que ça.

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Cory Richards Ambassadeur Vacheron Constantin.

Des exemples de montres mécaniques capables d’endurer les conditions les plus extrêmes de la planète sont pléthore. Mike Horn et ses Panerai éditions spéciales qui bravent l’Antarctique, le K2, la traversée du pôle nord… La ZRC North Adventure d’Alban Michon qui a plongée sous la banquise dans le grand nord canadien, la speedmaster de Reinhold Messner qui a conquis l’Antarctique et j’en passe.

Une grande majorité des G-Shock affiche une résistance à des températures jusqu’à -20°C. Je peux vous assurer que lors d’une expédition polaire, -20°C c’est une belle journée bien chaude. Si vous prévoyez de partir pour une exploration polaire donc, une montre mécanique proposant une huile spéciale température extrêmes dans le mouvement sera plus adaptée. On peut même prendre un exemple totalement fou et dénué de sens : l’Astronomia Everest de Jacob&Co. Une montre qui affiche un prix tout bonnement assassin de 884 800 dollars, en référence aux 8848m du Mont Everest (non, les très riches n’ont pas les mêmes considérations que nous). Une montre portée par Johan Ernst Nilson, célèbre explorateur suédois, lors d’une ascension de l’Himalaya. Il déclare que même à 6200 mètres d’latitude et par -30°C, la montre se portait comme un charme.

 

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Maintenant, reste à savoir si une montre coûtant le prix d’une maison au Cap Ferret a vraiment sa place dans un milieu aussi rude, simplet et primitif que celui de l’exploration.

Mais je parle ici de cas extrêmes, d’un pourcentage très faible de la population et de l’utilisation faite d’une montre.
Quand on pense montre d’aventure pour le grand public on pense à de la randonnée, du kayak, de la plongée loisir, ou peut-être de l’alpinisme. Dans ce contexte là, une G-Shock fera bien mieux le travail que n’importe quel montre de luxe.

Encore une fois, le plus important, c’est la relation que vous établissez avec votre garde-temps et l’histoire qu’elle raconte…

À la fin, c’est absolument tout ce qui compte.

 

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Written by Dylan Auguste
28 ans, ancien ambulancier d'urgence, aventurier et explorateur professionnel. Dylan part à l'aventure depuis plus de 5 ans à travers le monde. Il a notamment traversé l'Islande à pied, entre volcans et glaciers, rallié Toulouse à Bordeaux en kayak, traversé les fjors norvégiens, marché des milliers de kilomètres en montagne ou en forêt. Il a aussi parcouru 3000 kilomètres à pied en solitaire à travers le Canada en plein hiver, une première mondiale. Il est actuellement en pleine préparation pour une expédition en Antarctique, qui aura lieu en 2021. Il a développé sa passion pour les montres outils sur le terrain lors de ses nombreuses expéditions, en prenant conscience du caractère essentiel d'un garde temps, au même titre qu'un couteau.