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L’horlogerie peut prendre des formes très diverses et recourir à de nombreux types de solutions, de technologies, issues de mois et d’années de recherches et développement afin de répondre à des cahiers des charges plus ou moins précis et exigeants. Lorsque la montre est avant tout un outil, professionnel ou de loisirs, qui donne l’heure et non plus un chronomètre offrant des fonctions accessoires, le recours au quartz devient alors la seule solution. Seiko, en précurseur de cette technologie (rappelons que la marque a été la première à mettre sur le marché une montre à quartz, l’Astron, le 25 décembre 1969), en est passé maître. Grâce à cette maîtrise, combinée aux plus récentes avancées dans le domaine de l’électronique, la marque est ainsi capable de proposer à sa clientèle des montres uniques et révolutionnaires.

seiko Scubamaster

Crédit photo : Seiko

C’est en 1990 que Seiko créé la lignée Scubamaster, en présentant la 1ère montre ordinateur de plongée au monde. Equipée à la fois d’un détecteur d’immersion et d’un profondimètre, elle offre alors au plongeur amateur un outil lui permettant de plonger avec une plus grande sécurité. Plongeons ensemble dans l’histoire passionnante de cette gamme oubliée.

 

Seiko Scubamaster – des instruments de plongée sans concession

seiko SBBK002 et la SBBK001

La SBBK002 et la SBBK001

2 calibres spécifiques, le M725 et le M726, ont été développés pour ce produit. Ils équipent respectivement la SBBK002 et la SBBK01. La « montre », continuons à l’appeler ainsi, même si ce terme est légèrement impropre, tant cette fonction d’indication horaire est secondaire, est étanche à 200 mètres, elle embarque un détecteur d’immersion et un profondimètre, et possède en mémoire les tables de plongée de l’US Navy, qui font alors référence.

Avec son boitier en acier inoxydable mat, et la face avant en plastique fermé par 6 vis cruciformes, la SBBK001 est le modèle le plus répandu de cette gamme naissante. Il est également le plus abordable. Equipé du calibre M726-5A00, toutes les indications qu’il dispense le sont sur un écran LCD gris à affichage noir, comme vous pouvez le voir ci-dessous. Les boutons poussoirs, manipulables sous l’eau, faut-il le préciser, ainsi que le capteur d’immersion situé sur le côté droit du boitier, sont en acier inoxydable poli.

Seiko SBBK001

Véritable révolution, lors de sa présentation en 1990, puisqu’il s’agissait alors du 1er ordinateur de plongée de poignet au monde, cette montre n’est en revanche pas des plus discrètes (dimensions 50x40x14mm) mais finalement pas gigantesque non plus, à comparer aux G-Shock Frogman ou à la Marinemaster NX, présentée en 2000, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir dans un autre article. Equipée d’un capteur d’immersion, sur le côté droit de la boite, et d’un capteur de pression sur sa face avant, la Scubamaster intègre les tables de plongée de l’US Navy. Ces données lui permettent, en fonction de la profondeur et du temps de plongée, de calculer les temps de remontée, et la nécessité ou non d’effectuer des paliers de décompression. Quand l’ordinateur de plongée rentre au contact de l’eau (salée), les capteurs le détecte et le font passer automatiquement en mode plongée et ainsi calculer la profondeur  jusqu’à 100 m via le capteur de pression (99,9m pour être précis).

ordinateur de plongeeLe plongeur amateur dispose alors d’un outil unique qui lui indique sa profondeur et son temps de plongée afin d’éviter les différents paliers de décompression, ou les effectuer en toute sécurité, le cas échéant.

La montre alerte également son porteur dans les cas suivants :

  • remontée trop rapide
  • palier de décompression avec décompte automatique
  • jusqu’à 12 heures après la fin de la plongée, un logo apparaît sur le cadran pour rappeler à son propriétaire qu’il ne peut pas prendre l’avion
  • alerte sonore pour solliciter l’aide d’autres plongeurs si un pépin venait à se produire

La montre dispose par ailleurs d’un « journal de bord » et garde en mémoire les trente dernières plongées réalisées avec des indications sur

  • la profondeur maximum atteinte
  • le temps total de la plongée
  • la durée de l’immersion
  • le temps pour la remontée
  • et enfin …. la date de chacune d’elle.
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La SBBK001 sur une des pages du livre référence « Seiko Diver’s watch Evolution » de Ikuo Tokunaga

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Le fond de boite des Scubamaster est fixé par 4 vis cruciformes

Cette Seiko Scubamaster n’a pas été fabriquée pour de la plongée pro mais plus pour une plongée loisirs. La gamme Scubamaster était proposée à un tarif plutôt élevé.
La SBBK001 équipée du calibre M726, était affichée à 80,000 ‎¥, la SBBK002 et son M725 à 120,000 ‎¥‎ (pour comparer rapidement, une « Ashtray » 600 m était à 70,000 ¥ et la Golden Tuna 1000m équipée du 7C46 « high torque » était à 133,000 ‎¥‎).

 

SBBK002 – la « Golden Scuba »

La version SBBK002, équipée du calibre M725, possède un boitier traité au nitrure de Titane, comme les fameuses Golden Tuna.

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La SBBK002 en compagnie de la 7549-7009 dite Golden Tuna

La SBBK002 diffère du modèle SBBK001 grâce à son boitier en acier inoxydable traité au nitrure de titane, comme les « Golden Tuna » au catalogue depuis 1978, et sa face avant métallique au traitement marron doré magnifique. Elle est équipée du calibre M725-5A00, identique au M726, à quelques détails près, le plus visible étant cet écran LCD doré à affichage noir. Les boutons poussoirs, ainsi que le capteur d’immersion sont eux dorés.

Offrant des caractéristiques techniques quasiment équivalentes, ce modèle est beaucoup plus rare que la SBBK001. La faute à un prix de vente beaucoup plus élevé  (120000 ¥ contre 80000 ¥ rappelons-le).

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Outre les différences esthétiques, et concernant le boitier que j’ai déjà évoqué, vous aurez noté que le calibre équipant la SBBK002 est le M725 et non le M726. Mais quelle est donc la différence entre ces 2 mouvements ? Elle réside uniquement dans la sensibilité du capteur de profondeur, et, par conséquent, sa précision à indiquer la profondeur de plongée. Elle est de +/- 1.5% de la profondeur absolue + 0.5m (la montre ne peut mesurer la profondeur en dessous de cette valeur, la pression n’étant pas suffisante), contre +/- 3% pour le calibre M726 qui équipe la SBBK001. Cet argument n’a sans doute pas fait mouche auprès des plongeurs amateurs afin de justifier un tarif de 50% supérieur, nonobstant la beauté du boitier traité TiN.

J’ai pu réunir la paire de Scubamaster originels, et vous les mettre côte à côte pour compraraison. La SBBK001 n’est pas très commune en occasion (même si on en voit passer sur Ebay à des prix de vente compris entre 300 et 500€ environ), alors que la SBBK002 est quasi introuvable, surtout en bel état. Quand une fait surface, le prix peut ne pas paraître justifié pour une « simple » montre à quartz, à affichage digital qui plus est !

Ces 2 exemplaires datent de 1991, et sont en excellent état, tant cosmétiques que de fonctionnement, toutes les fonctions étant opérationnelles, si ce n’est la Led de rétroéclairage, fatiguée, ce qui est le lot de quasiment tous les modèles LCD de cet âge.

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Ces 2 modèles sont restés au catalogue jusqu’en 1998. Ils furent remplacés en 2000 par la Marine Master NX équipée du calibre DH33. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

 

Scubamaster, évolution d’une lignée

En 1991, Seiko présente un dérivé de ces modèles, avec la SBBA001. Les caractéristiques sont sensiblement équivalentes, mais la montre présente des dimensions plus raisonnables, et une forme ronde, plus consensuelle. L’écran LCD est un peu plus petit, et le tarif est également plus raisonnable, puisqu’elle est vendue 50000 yens.

Au catalogue 1993, apparaît le modèle SBBA003 aux couleurs plus « funky », puisqu’elle se décline en jaune et bleu. Même caractéristiques, même tarif.

La SBBA001, une version plus compacte et plus consensuelle, équipée du calibre M705-5A10 – crédit photo : internet

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La SBBA003 fait une apparition furtive dans la gamme, elle n’y restera qu’un an. – crédit photo : internet

En 1995, c’est la présentation de 3 nouveautés d’un coup dans cette gamme. Tout d’abord, et pour rester dans le thème qui nous occupe, apparait la SBCK001 et son tout nouveau calibre M796. IL s’agit d’une évolution du M725/726, qui intègre dorénavant, en plus des fonctions maintenant bien connues, un thermomètre, et un baromètre. Il devient ainsi possible d’anticiper les conditions météorologiques afin de planifier ses plongées. Le modèle possède un design très typé, et il est, sans aucun doute, la Scubamaster la plus produite et la plus « facile » à trouver. Pour en trouver une en bon état, par contre, c’est une autre histoire !

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La SBCK001 et son tout nouveau calibre M796, et sa déclinaison verte (ref inconnue) équipée du M795 – crédit photo : internet

Le capteur de profondeur permet des mesures allant jusqu’à 40m, par incrément de 0.1m, le thermomètre offrant lui une précision de 0.1° de  -10 à +50°C. Le baregraph, que l’on trouve dans le coin supérieur gauche de l’écran affiche, au choix, les variations baromètriques, ou les variations de profondeur de plongée.

On retrouve toujours les fonctions de journal de plongée, calcul des paliers de décompression, alerte de remontée rapide, chronographe, alarmes, le tout pour seulement 50000 yens lors de sa sortie en 1995, soit 30000 yens de moins que la SBBK001 qui était encore au catalogue, et y ajoutant le baromètre et le thermomètre. Malgré un physique que d’aucuns qualifieront d’ingrats, nous tenons là assurément une des raisons de son succès !

 

De fil en aiguilles, les Scubamaster passent à l’analogique

En 1992, Seiko présente la SBBW001, la 1ère montre de plongée au monde équipée d’un mouvement AGS (Automatic Generating System), technologie qui sera plus tard rebaptisée Kinetic. Passons rapidement sur ce modèle pour nous concentrer sur 2 modèles présentés lors de cette prolifique année 1995 avec la SBCW003 et la SBCP001, des modèles dignes d’intérêt, pour des raisons néanmoins très différentes.

La SBCW003 tout d’abord, qui embarque, elle aussi, un mouvement AGS, s’appuie sur un boitier Titane monobloc. Une technologie maîtrisée par Seiko, grâce à sa gamme Tuna depuis 1975, et sa gamme Landmaster depuis 1993.

La SBCW003 et son superbe boitier Titane monobloc – crédit photo : internet

Il est d’ailleurs à noter que cette Scubmaster titane monobloc embarque le mouvement 5M45, que l’on trouve dans la Landmaster SBBW005, 1ère d’une longue lignée. Cette montre offre donc une étanchéité à 200m, une lunette unidirectionnelle, mais également une fonction GMT, bien utile pour les plongeurs aventuriers loin de leur base. Vendue 120000 ¥, soit le prix de la « Golden Scuba », elle en diffère sur tous les autres points.

La SBCP001 quand à elle, est la 1ère montre de plongée embarquant un profondimètre analogique entièrement automatique au monde. Elle embarque un calibre à quartz, le 7K52-6A00, mais intègre des fonctions inédites pour une montre analogique, qui en font une petite merveille d’ingénierie, à défaut d’une lisibilité intuitive, reconnaissons le.

La SBCP001, en titane, est la 1ère montre de plongée analogique et autonome au monde. – crédit photo : internet

En effet, cette beauté, en titane elle aussi, offre quasiment toutes les fonctions des Scubamaster digitales, mais avec un affichage à aiguilles. Une prouesse technologique qui affiche toutes les informations à dispenser grâce à pas moins de 9 aiguilles !

Son capteur d’immersion, situé sur la gauche de la carrure, lui permet de basculer automatiquement en mode ordinateur de plongée, et déclenche alors toutes les fonctions idoines. Celles ci sont la profondeur actuelle, la profondeur maximum, la durée de plongée et l’heure de plongée. Par ailleurs, comme les autres Scubamaster, la SBCP001 propose des alertes de remontée rapide, ainsi qu’une alerte de plongée profonde si le plongeur descend à plus de 55m.

Le titane grâce à ses propriétés anallergiques, à sa légèreté et à sa teinte si spécifique, est assurément un matériau de choix pour l’horlogerie. – crédit photo : internet

Elle enregistre par ailleurs les données des 2 dernières plongées, pour analyse postérieure, et offre une classique fonction alarme et date, au cas où l’on souhaiterait l’utiliser en temps que simple montre ! Proposée à 135000 ¥, elle était donc plutôt exclusive et en fait donc une montre assez rare, recherchée des amateurs.

La lignée Scubamaster ne perdura pas longtemps après ce modèle. La démocratisations des ordinateurs de plongée lui sera fatale.

Pour autant, Seiko continuera bien évidement à produire nombre de montres de plongées, pour les plongeurs amateurs, avec toute la série de divers iconiques que l’on connait, que sont les SKX, Sumo, Shogun, Samurai, Turtle ou baby Tuna… et les modèles professionnels que l’on retrouve sous la dénomination Marinemaster, avec les différentes Tuna, automatiques, quartz ou SpringDrive, la SBDB001 Spring Drive 600m, l’iconique MM300, ou encore la SBEX001 Hi-Beat 1000m. La série est en cours…

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Richard S.
Written by Richard S.
Amateur d'horlogerie dans les 2 sens du terme, puisque je ne suis pas un professionnel du milieu, cette passion est venue s'ajouter à de nombreuses autres il y a une petite dizaine d'années. En amour, comme disent nos cousins québéquois, pour Seiko, ma collection est plutôt centrée sur les montres de plongée, mécaniques ou à quartz, une technologie qui mérite de retrouver de la respectabilité. Recul et objectivité sont des qualités qui me permettent de vouer un amour raisonné et raisonnable au monde horloger et à ses dérives.