En cette année 2018, International Watch Company, mieux connue sous le nom de IWC, fête ses 150 ans. A cette occasion, cette grande maison horlogère a présenté sa nouvelle collection lors du SIHH 2018 (Salon International de la Haute Horlogerie) à Genève. Cette collection est sans doute la première entièrement conçue sous le règne du CEO Christoph Grainger-Herr, qui a remplacé George Kern en avril 2017, ce dernier ayant brièvement dirigé la division Horlogerie, Marketing et Stratégie digitale du groupe Richemont avant de rejoindre récemment Breitling.

Ce ne sont pas moins de 27 nouveaux modèles en édition limitée qui ont été présentés. Ces modèles se retrouvent dans plusieurs collections de la marque, à savoir Portugieser, Portofino, Da Vinci et Montres d’Aviateur. Ils ont tous un point commun : leur cadran blanc ou bleu, inspiré des cadrans émaillés des anciennes montres de poches produites par IWC au XIX° siècle

Le procédé de laquage : un peu de technique

L’émail est obtenu en faisant fondre de la silice ou des oxydes en poudre sur du métal ou du verre. Et parce que le processus de fusion est interrompu avant l’achèvement, la masse se solidifie pour créer une finition semblable au verre. Pour permettre de conserver la même finition esthétique sur l’ensemble de la gamme de cadrans de la collection jubilé, IWC a utilisé un procédé de fabrication plus moderne basé sur des laques de haute qualité qui ressemblent à de l’émail.

IWC Portofino cadran laqué

Détail du cadran laqué de la Portofino Remontage Manuel Phase de Lune

Le substrat utilisé pour presque toutes les montres est une plaque en laiton. Une fois que les cadrans secondaires ont été estampés et les fenêtres poinçonnées, le blanc est rectifié et poli. Ensuite, la surface est sablée au jet de sable pour la rendre légèrement rugueuse et aider le vernis à y adhérer plus efficacement. Ce n’est qu’alors qu’il est possible de passer au traitement de laque proprement dit. Il y a d’abord quatre couches de la base laquée en blanc ou bleu.

L’étape suivante du processus consiste à appliquer jusqu’ à 12 couches de laque transparente. La laque utilisée est un type particulier idéal pour le polissage et se compose de solides en suspension dans un composant liquide. Après séchage, les solides résiduels forment sur le cadran une couche composée, entre autres, de liants, d’acrylique et de polyester. Après chaque couche, les cadrans sont transférés dans un four pendant une demi-heure pour permettre au vernis de durcir complètement. Tous ces processus se déroulent dans une atmosphère de salle blanche afin que les surfaces conservent leur brillance parfaite. Un seul grain de poussière peut rendre le cadran inutilisable. Après une nuit de repos, les cadrans sont polis à plat. Le polissage manuel leur donne l’effet d’émail souhaité. Il donne une impression de profondeur considérable, bien que l’ensemble du vernis ne fasse que 0,1 millimètre d’épaisseur après le polissage.

Autre caractéristique, les index ne sont pas appliqués mais imprimés sur le cadran. Cela a aussi nécessité le développement de techniques particulières. Le résultat est visible sur la photo ci-après : les index apparaissent en relief, ce qui ajoute de la profondeur à l’ensemble.

Portofino Chronographe index imprimés

Détail des index imprimés sur le cadran de la Portofino Chronographe

Pourquoi nous étendre sur cette description technique ? Parce qu’elle permet de bien comprendre la caractéristique principale de cette nouvelle collection et qu’elle peut expliquer les prix jugés parfois exorbitants de ce type de montres.

Les modèles IWC Jubilé

Nous n’allons bien entendu pas faire la revue des 27 modèles de cette nouvelle collection. Retenons deux modèles en particulier : la Pallweber et la Portugieser Remontage Manuel Huit Jours.

Pallweber

Commençons par la réédition de la Pallweber en format montre de poche : c’est sans doute le modèle le plus exceptionnel. A l’origine, cette montre de poche créée en 1884 doit son nom à l’horloger Josef Pallweber. Celui-ci inventa la première montre de poche présentant un affichage digital avec heures et minutes sautantes. Cela signifie que les heures et minutes avancent en « sautant » d’un chiffre à l’autre, et non en « glissant » progressivement comme le fait une aiguille qui avance doucement.

montres de poche Pallweber

Les montres de poche Pallweber d’époque

La Pallweber d’origine, produite entre 1884 et 1890

A l’occasion de ce jubilé, IWC présente une réédition de ce modèle historique : la Tribute to Pallweber (référence IW505101), limitée à 50 pièces

réédition Montre de Poche Pallweber

La réédition Montre de Poche Pallweber

C’est la première montre de poche avec affichage digital produite par IWC depuis l’arrêt de la production de la montre de poche historique Pallweber en 1890. La montre présente un cadran blanc laqué et des disques d’affichage blanc. L’aiguille de petite seconde est bleue. Le boîtier est en or rouge 18 carats, richement décoré de guilloché et se porte avec une chaîne en or rouge 18 carats. Deux ouvertures dans le couvercle permettent la lecture des heures et minutes lorsque la montre est fermée.

réédition Montre de Poche Pallweber

La réédition Montre de Poche Pallweber avec les ouvertures dans le couvercle

Le calibre manufacture 94200 à remontage manuel utilise deux barillets. Le premier alimente le mouvement en énergie tandis que le second se charge des disques indicateurs en utilisant un train de roues séparé. En effet la rotation des disques consomme beaucoup d’énergie, il est donc nécessaire d’avoir un deuxième barillet pour garantir une précision suffisante et une réserve de marche de 60 heures. C’est ce même mouvement qui est utilisé dans la Portugieser Sidérale Scafusia, une montre à complications astronomiques que l’on peut considérer comme le sommet chez IWC.

Aux dernières nouvelles le prix et la disponibilité de ce modèle ne sont pas encore connus, mais il est fort probable que le prix sera très « élitiste ».

La bonne nouvelle est qu’IWC a également décliné une version plus « abordable » de la Pallweber, cette fois en montre bracelet.

Pallweber montres bracelet

Les trois modèles de la réédition Pallweber en version montre bracelet

Cette IWC Hommage à Pallweber est fidèle à son héritage de montre de poche avec un diamètre de 45 mm. Elle est également équipée du mouvement manufacture 94200 à remontage manuel.

Elle est proposée avec un boitier en platine (référence IW505001), en or rouge 18 ct (référence IW505002), ou en acier avec le cadran bleu (référence IW505003). Nous n’avons pas trouvé les prix en Euro, par contre le site US avance des prix de respectivement 57.800$, 36.600$ et 23.100$.

La Portugieser

L’autre modèle que nous souhaitons mettre en avant est la Portugieser Remontage Manuel Huit Jours. Commençons d’abord par rappeler l’origine de cette collection : la WC325 de 1939, celle qui a déterminé les codes esthétiques de toute la collection « Portugieser ».

Portugieser WC325

La Portugieser WC325 d’origine (1939)

La Portugieser Remontage Manuel Huit Jours est proposée en deux déclinaisons : cadran blanc sur or rouge 18ct (référence IW510211, limitée à 250 pièces), ou cadran blanc sur acier (référence IW510212, édition limitée à 1000 pièces)

Portugieser Remontage Manuel Huit Jours

Portugieser Remontage Manuel Huit Jours en or rouge

Portugieser Remontage Manuel Huit Jours

Portugieser Remontage Manuel Huit Jours en acier

Ce modèle est motorisé par un calibre 59215 à remontage manuel, et offre comme son nom l’indique 8 jours de réserve de marche, soit 192 heures de fonctionnement avant de s’arrêter. Notons l’affichage de la réserve de marche au dos de la montre. Le site US d’IWC nous annonce cette montre à 18.800$ pour le modèle en or et 9.900$ pour le modèle acier.

Les autres coups de cœur

Pour terminer, passons en revue quelques modèles qui nous ont marqué.

La Portugieser Tourbillon Force Constante est une montre exceptionnelle à plus d’un titre. Son boitier en platine renferme un tourbillon, ce qui permet de contrebalancer les déséquilibres dus à la gravitation terrestre. Mais dans ce cas-ci, le tourbillon est dit « à force constante ». Sans rentrer dans trop de détails techniques, ce système permet de résoudre l’un des problèmes de précision classiques des montres mécaniques : après remontage de la montre, le ressort du barillet va se détendre progressivement, sa force n’est donc pas constante, ce qui a un impact sur la précision de la montre qui va décliner progressivement. Le système de tourbillon à force constante mis au point en 2013 par IWC permet de garantir pendant 48 heures une précision constante. Après ce délai, la précision décline progressivement comme sur toute montre mécanique. Ici la référence IW590203, avec le calibre manufacture 94805, 96 heures de réserve de marche, et pas moins de 41 rubis, excusez du peu (série limitée à 15 pièces, 255.000€).

Cette Grande Montre d’Aviateur Grande Date présente une ouverture dans le fond permettant de lire la réserve de marche. (Référence IW510503, limitée à 100 pièces, 19.700$).

Grande Montre d’Aviateur Grande Date

Grande Montre d’Aviateur Grande Date

Et terminons par la très sage Portofino Automatic, qui reste un modèle de simplicité et de sobriété (référence IW356518, limitée à 2000 pièces, 4.700$).

Portofino Automatic

Portofino Automatic

Conclusion

Pour conclure, on est en droit de se demander si la sortie simultanée de 27 nouveaux modèles était une bonne idée. Des modèles exceptionnels côtoient d’autres modèles plus standards. Et si l’objectif était de rappeler que les montres IWC « réunissent une ingénierie de précision et un design aussi exceptionnel qu’intemporel », le message est peut-être un peu dilué dans la masse. Mais qu’importe finalement, on y découvre quelques modèles exceptionnels, et chacun pourra retrouver dans cette collection le coup de cœur qui lui convient. Outre les modèles exceptionnels à prix astronomiques, la collection compte plusieurs pièces entre 4.000 et 10.000 $.

Pour en savoir plus, le site présentant tous les modèles de la collection Jubilé.

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MichelOnTime
Written by MichelOnTime
Géographe-urbaniste de formation, j'ai attrapé le virus de l'horlogerie très tardivement avec l'acquisition de ma première "belle" montre, une IWC Portofino Automatic. J'ai une collection assez éclectique (Speedmaster, Black Bay, Seiko, Baume & Mercier...), avec un focus particulier sur les Tissot T12, une appellation peu connue et créée à l'occasion de la sortie du film de Cousteau "Le monde du silence" en 1956. Au-delà des aspects techniques de l'horlogerie, j'aime beaucoup rencontrer des créateurs de marques moins connues et les faire connaître à travers mes deux pages Facebook "Montres intéressantes et abordables", et "Belgian Watch Brands". Je suis très heureux de participer à ce nouveau projet de LeCalibre.com.