Grand Seiko et Credor, les deux faces de la même pièce.

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Grand Seiko et Credor sont les deux marques haut de gamme emblématiques de Seiko. Bien que ces deux marques commencent à doucement se faire connaître des amateurs et du grand public, leurs missions et philosophies respectives restent assez obscures. Cet article tentera de démystifier l’essence de ces deux marques, leurs points communs et leurs différences, afin de mieux comprendre comment elles peuvent être vues comme les deux faces d’une même pièce.

 

Grand Seiko

Grand Seiko 3180 First Carved Dial

Grand Seiko 3180 First Carved Dial. Crédit IKIGAI watches

Grand Seiko est née en 1960 avec un cahier des charges assez simple: faire la meilleure montre au monde. Tout simplement.

Mais qu’est-ce que “la meilleure” peut bien vouloir dire au juste? C’est une notion qui peut varier selon les individus ou les marques, mais l’idée derrière Grand Seiko était de créer la montre de tous les jours parfaite.

Il y a quelques critères plus spécifiques qui rentrent en jeu dans la conception d’une Grand Seiko pour en faire la meilleure montre.

  • Premièrement, une Grand Seiko se doit d’être précise. La quête de la précision ultime est un des piliers centraux de l’ADN de Grand Seiko.
  • Une Grand Seiko se doit d’être lisible. Quel intérêt y-a-t’il à porter une montre si l’on n’arrive pas à lire l’heure?
  • Une Grand Seiko doit être durable. La durabilité implique aussi bien la fiabilité du mouvement qu’un design qui passera avec succès l’épreuve du temps qui passe.

On se rend donc compte que Grand Seiko repose sur des valeurs très pragmatiques de précision, lisibilité, durabilité, fiabilité etc.

L’essence même de Grand Seiko pourrait être résumée ainsi: la simplicité avant la complexité, la lisibilité avant les décorations et la précision avant les complications.

Et évidemment, une Grand Seiko doit être belle. Mais qui designerait une montre pour être moche?

Donc une Seiko parfaite – ou une Grand Seiko si vous préférez – est la montre parfaite pour la vie de tous les jours, une montre facile à porter, facile à lire, précise, fiable, durable et évidemment belle.

En fait, tout l’ADN de Grand Seiko est parfaitement représenté dans ce slogan moderne de la marque “Grand Seiko élève l’essentiel de l’horlogerie au niveau d’art”. Un retour aux sources de l’horlogerie, magnifié par une quête permanente de l’excellence.

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Si je devais décrire Grand Seiko en juste deux mots, ce serait probablement “praticité” et “perfection”.

Maintenant, voyons un peu plus en détail comment Seiko transpose ces valeurs fondamentales dans ses montres. Pour cela, je vous invite à nous pencher d’abord sur les préceptes du design de Grand Seiko, puis dans un deuxième temps à nous intéresser à l’expertise horlogère de la marque.

 

Le design Grand Seiko

Ce sujet à lui seul pourrait être le sujet d’un livre tout entier, mais nous ne nous pencherons ici que sur la philosophie et les inspirations derrière le design des Grand Seiko. Les designs spécifiques à certaines références Grand Seiko pourraient faire l’objet d’autres articles.

Quand Suwa Seikosha a commercialisé la première Grand Seiko en 1960, la référence J14070, ils se sont très largement inspirés de la Lord Marvel, le modèle le plus haut de gamme et luxueux de la marque à ce moment-là. La Grand Seiko de 1960 intégrait des détails haut de gamme qu’on retrouvait dans sa grande soeur, comme les aiguilles dauphines, les index en or, le logo gravé ou le boitier doré. On retrouve ainsi beaucoup de ressemblances entre la Grand Seiko J14070 et plusieurs version de la Lord Marvel, comme la J14039 par exemple.

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Le résultat était une montre élégante, simple et moderne à la fois. Un des aspects les plus intéressants du design de cette montre est sans aucun doute celui des cornes qui présentaient un chanfrein latéral assez distinctif et qui deviendra une des signatures du design façon Grand Seiko.

Grand Seiko 3180

 

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Quand Grand Seiko sortit son second modèle, la 43999 (qui deviendra la 57GS), ils décidèrent de moderniser le design de la montre tout en gardant intact l’ADN de la First. Le résultat est une montre qui semble totalement différente au premier regard mais qui, après une inspection plus poussée, ne laisse aucun doute sur sa filiation. Bien que le boitier soit maintenant en acier et soit plus imposant, la 43999 utilise les mêmes designs d’aiguilles dauphines et index facettés (une autre signature de Grand Seiko) et le même chanfrein sur l’extérieur des cornes. Et bien que ces cornes soient devenues plus larges, renforçant l’aspect plus imposant de la montre, les designers de Grand Seiko réussirent à réinterpréter les codes de Grand Seiko d’une façon plus moderne.

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Puis…tout a changé !

En 1959, Suwa Seikosha embauche un jeune designer fringant de Tokyo, Taro Tanaka, qui deviendra une légende de Seiko non seulement pour ses manières de gentleman, son bouc toujours parfaitement taillé et son amour du tweed, mais avant tout pour l’impact incommensurable qu’il a eu sur Seiko.

Taro Tanaka 1959

Taro Tanaka était le premier designer à rejoindre les équipes de Seiko. A l’époque, il n’existait même pas de mot en Japonais pour expliquer ce qu’est un designer. Dans les années 50 et jusqu’au début des années 60, les boitiers et les cadrans étaient conçus séparément. Ce que Taro Tanaka a amené à Seiko, c’est une vision unifiée du design horloger, une approche qui considère la montre dans son ensemble.

L’élément déclencheur arriva un jour où Tanaka san visitait Wako, un grand magasin de luxe appartenant au groupe Seiko, qui vend des objets de luxe, y compris des Grand Seiko et d’autres marques prestigieuses importées.

Quand Taro Tanaka entra dans le magasin, ses yeux furent happés par une vitrine où se trouvaient de très belles montres. Lorsqu’il s’approcha, il se rendit compte que ces montres qui alpaguaient les clients par leurs reflets et leurs brillances n’étaient pas des Grand Seiko. Et pire encore, les Grand Seiko dans la vitrine d’à côté semblaient bien ternes en comparaison des montres suisses. C’est cette visite à Wako qui poussa Tanaka à créer un ensemble de règles ayant pour but de faire ressortir les Grand Seiko du lot.

La Grammaire du Design était née.

Petit aparté :

En Japonais la “Grammaire du Design” est plus simplement appelée le “Style Seiko” puisque ces règles étaient censées donner une identité visuelle à l’ensemble de la marque. Même certaines Seiko 5 reprennent certains codes de la Grammaire du Design.

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Vous êtes sans doute déjà au moins un peu familiers avec la Grammaire du Design: des surfaces plates, des angles vifs, des aiguilles et des index facettés sur un cadran plat etc. On trouve facilement des informations sur le sujet quand on cherche sur le web, y compris sur le site officiel de la marque. Mais avec cet article, je vous propose de regarder plus loin et de ne pas se contenter de simplement citer ces règles mais d’expliquer leur genèse, ce qui a déterminé leur existence. Nous allons nous intéresser à la philosophie et aux inspirations de la Grammaire du Design.

La première chose à bien comprendre, c’est que le style Grand Seiko est profondément Japonais, ancré profondément dans la sensibilité esthétique Nippone. C’est un design très épuré et raffiné.

Le coeur même de la Grammaire du Design, ce sont les jeux de lumière, comment la montre interagit avec la lumière pour créer de somptueux effets de contraste. D’autre part, la lisibilité est une des caractéristiques centrales de la montre parfaite selon Grand Seiko et ces jeux de lumière et de contraste sont non seulement au service de l’esthétique de la montre mais également de sa lisibilité.

Taro Tanaka puisa son inspiration dans deux sources principales.

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La première est très japonaise, il s’agit des portes shoji, les portes coulissantes japonaises traditionnelles. Elles font partie intégrante de l’architecture traditionnelle japonaise et jouent un rôle crucial en tant qu’interface entre l’intérieur et l’extérieur. Mais elles participent également de manière centrale à la façon dont une pièce est éclairée. Selon l’heure de la journée, selon que les portes soient ouvertes ou fermées, selon que la source de lumière soit naturelle ou artificielle, si elle est devant ou derrière les portes, toutes ces conditions de lumière participent, par l’intermédiaire de ces portes, à créer une certaine ambiance lumineuse dans la pièce. Les portes shoji permettent aussi un certain degré de transparence avec les ombres, ce qui participe encore aux divers contrastes. Et tout ceci est rendu possible uniquement au travers de surfaces planes et de lignes droites, exactement à l’image de la Grammaire du Design dont les surfaces planes et les lignes tendues créent des contrastes et jeux de lumière sur les boitiers des Grand Seiko.

La seconde source d’inspiration de Taro Tanaka fut la taille des diamants.

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En effet, celle-ci suit des règles très strictes: le nombre de facettes, la mesure de chaque angle, les proportions de chaque partie de la pierre, tout est parfaitement codifié. Le but de ces règles est d’extraire un maximum de brillance de la pierre. Si celle-ci n’est pas taillée correctement, le diamant n’aura pas le même éclat et ne sera pas aussi beau que ce qu’il pourrait être.

La Grammaire du Design fonctionne exactement de la même manière. Chaque boitier est dessiné selon des angles et des surfaces très précis afin de magnifier les jeux de lumière d’une façon unique, à l’image d’un diamant éclatant.

La première montre créée selon les préceptes de Taro Tanaka fut la 44GS et il est communément accepté qu’il s’agit de l’expression ultime de la Grammaire du Design. Et quand on regarde cette superbe photo, on comprend facilement pourquoi.

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Lorsqu’on commence à voir les jeux de lumière et de contraste, il est facile de saisir l’idée derrière le design et pourquoi cette montre est l’incarnation même du design de Taro Tanaka.

Mais la différence entre une montre et un diamant, c’est que le boitier de la montre peut être à fois poli et brossé, alors que les diamants sont uniquement polis. Regardez bien le contraste entre les cornes et la partie brossée qui les sépare ou le contraste entre la surface supérieure brossée des aiguilles et les côtés polis. Regardez également la lunette et ses deux surfaces qui présentent elles aussi un autre genre de contraste, cette fois-ci entre deux surfaces polies mais orientées dans deux directions différentes et séparées par un angle parfaitement net.

C’est à ce moment-là qu’on comprend l’importance du fameux polissage Zaratsu. Le Zaratsu est très semblable au poli noir ou poli bloqué utilisé dans la haute horlogerie pour décorer certaines pièces des mouvements. Le but de cette technique est de créer une surface parfaitement plate et sans aucune distorsion afin que la partie polie paraisse blanche, noire ou d’une teinte de gris selon la manière dont la lumière y est réfléchie.

En obtenant le même résultat sur les boitiers, le Zaratsu crée non seulement des angles vifs et des surfaces parfaitement plates, mais de manière plus importante, il crée des contrastes saisissants entre les différentes surfaces, ces fameux contrastes qui sont l’essence même de la Grammaire du Design. Le Zaratsu n’est pas juste beau, difficile à obtenir et unique en bien des manières, mais il est avant tout une conséquence de la philosophie du design de Grand Seiko.

Le design des boitiers est très intéressant évidemment mais comme nous l’avons déjà dit, Taro Tanaka avait une approche globale du design des montres et il y a donc beaucoup à dire également sur les cadrans, les aiguilles et les index.

 

Comme cela a déjà été mentionné plusieurs fois, le design des Grand Seiko est au service de la lisibilité.

 

Les aiguilles et les index sont polis miroir et présentent de larges chanfreins avec la même intention que sur les boitiers: créer du contraste. Si la surface supérieure de l’aiguille est blanche, alors les chanfreins seront noirs, ce qui fait bien ressortir l’aiguille sur un cadran clair. Quand la surface supérieure de l’aiguille apparaît noire, les chanfreins sont blancs.

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Et sur un cadran foncé? La surface supérieure des aiguilles est brossée à la main et les index sont striés. Vous vous demandez pourquoi?

Une aiguille parfaitement polie peut sembler noire selon la lumière, ce qui nuirait grandement à la lisibilité. La surface brossée des aiguilles et striée des index leur permettent de toujours ressortir sur le cadran, ce qui permet une lisibilité optimale en tout temps.

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Tout est une question de contraste !

 

Ce qui me semble intéressant de souligner, c’est que lorsqu’on regarde les premières Grand Seiko, on distingue deux types de designs: ceux avant la Grammaire du Design (la First et la 57GS) et les montres après la 44GS qui, pour la plupart, s’inspirent fidèlement de la Grammaire du Design.

Et lorsqu’on regarde les Grand Seiko modernes, on peut faire la même distinction: certains boitiers sont inspirés de la Grand Seiko First et d’autres suivent fidèlement la Grammaire du Design. Viennent s’ajouter à cela les boitiers de la ligne sport qui reprennent de manière plus discrète certains codes propres au design GS. Ces considérations feront l’objet d’un autre article.

 

Le savoir-faire horloger de Grand Seiko

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Comme cela a déjà été dit, la précision fait partie des valeurs les plus essentielles de Grand Seiko. Et l’histoire de la marque est assez claire à ce sujet.

La quête de la précision est visible dès la naissance de Grand Seiko avec le développement du calibre 3180 qui équipe les Grand Seiko First. Tout a commencé en 1956 avec la Seiko Marvel. Le mouvement de la Marvel était le meilleur calibre de Seiko à l’époque et cette montre a remporté neuf concours de chronométrie au Japon. Mais pour Seiko, ça n’était pas suffisant et ils ont donc créé la Crown, une montre basée sur le mouvement de la Marvel mais qui met encore plus l’accent sur la précision. Le cal.3180 était une version encore améliorée du mouvement de la Crown. Pour faire simple, Seiko a pris son meilleur mouvement et l’a amélioré, puis ils ont repris ce mouvement et l’ont encore amélioré et ça a donné le calibre 3180.

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Marvel, Lord Marvel and Grand Seiko

 

Crown, Lord Marvel and Grand Seiko

Crown, Lord Marvel and Grand Seiko

 

Les normes chronométriques utilisées par Grand Seiko montrent également cette quête permanente de la précision.

Quand la marque fut lancée en 1960, le cadran de la montre exhibait fièrement la mention “Chronometer”. Les boîtes de ces montres disaient même “Montre bracelet chronomètre de qualité suprême, en accord avec le Standard International”

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Cela signifiait que Seiko utilisait les normes chronométriques des Observatoires Astronomiques Suisses et appliquaient ces critères stricts à leurs montres qu’ils certifiaient en interne. Mais en 1966, le Comité International des Contrôles Chronométriques (qui deviendra le COSC 1973) interdit à Seiko d’utiliser le terme “Chronometer” pour ses montres, car pour profiter de cette norme, il fallait que les montres soient testées par un organisme indépendant.

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La décision du CICC eut un impact énorme sur l’histoire de Seiko puisque c’est ce qui poussa à la naissance de la norme chronométrique “Grand Seiko”, une norme plus stricte encore que les normes des Observatoires Astronomiques Suisses. Et à chaque fois que les normes suisses évoluaient, les normes Grand Seiko évoluaient également afin de toujours rester au-dessus en termes d’exigence. Quoi de plus normal lorsqu’on essaye de battre les Suisses à leur propre jeu?

Mais produire des Grand Seiko selon ces normes et en quantité relativement importante requiert beaucoup de recherche et développement. Ainsi durant les années 60, les équipes de Seiko travaillèrent sans relâche au développement de mouvements mécaniques toujours plus précis et fiables. Nous ferons pour l’instant l’impasse sur le travail de recherche et développement autour du quartz, mais ce fut également une des préoccupations centrales des ingénieurs horlogers de Seiko à cette période.

Chaque mouvement de Grand Seiko avait ses propres spécificités. Par exemple le cal.3180 utilisait un balancier plus large et plus stable que celui des Crown, hérité des Lord Marvel. Le cal.430 de la deuxième Grand Seiko utilisait une sorte de contrepoids sur son spiral car les équipes de Seiko s’étaient rendu compte que ce système était plus efficace qu’une courbe terminale de Bréguet.

En 1967, Grand Seiko sortit la 62GS, la première Grand Seiko automatique, un vrai accomplissement pour la marque. La 62GS était une autre conséquence de l’affaire du CICC en 1966, puisqu’il s’agit tout simplement de la Seikomatic Chronometer transférée dans la gamme Grand Seiko avec quelques changements esthétiques légers.

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Et là vous vous dites sûrement “Mais un mouvement automatique n’est pas plus précis qu’un mouvement manuel, c’est quoi le rapport avec la quête de la précision ultime de Grand Seiko?”. Et bien si vous vous dites ça, vous n’avez pas tord. Mais souvenez-vous, une Grand Seiko se doit d’être précise, c’est sûr, mais c’est la montre parfaite de tous les jours. Et quoi de plus pratique qu’une montre à remontage automatique? Nous reviendrons d’ailleurs sur ce point un peu plus tard.

 

Puis vint 1968, l’année du Hi-Beat. Cette année-là, Suwa Seikosha sort la 61GS, équipée d’un mouvement automatique qui bat à 36 000 alternances par heure, et Daini Seikosha sort la 45GS, un mouvement manuel également Hi-Beat, avec saut de date instantané, une prouesse à l’époque. Et comme si cela ne suffisait pas, Daini Seikosha sortit la même année la première Grand Seiko pour femme, la 19GS, équipée de ce qui est encore aujourd’hui le seul mouvement à 36 000 alternances prévu pour une montre de femme.

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Grand-seiko 61GS 6145-8050 de 1972

 

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45GS 4520-8000. Crédit Ken Hokugo

 

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Cette technologie Hi-Beat fut développée par Seiko dans le cadre de ses participations aux concours suisses de chronométrie et fut implémentée dans ces excellents calibres.

 

Puis vint 1969, l’année des VFA. Grand Seiko avait sorti les 61GS, 45GS et 19GS l’année d’avant, puis dans la lancée, ils sortirent en 69 les premières 61GS VFA et 45GS VFA. La 19GS VFA arriva un peu plus tard en 1972 (selon les dates officielles de Grand Seiko).

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Grand Seiko 61GS VFA

 

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45GS VFA (Credit Seiko Museum)

 

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Grand Seiko 19GS VFA (Credit Seiko Museum)

 

VFA signifie Very Fine Adjusted car ces montres étaient réglées pour une marche moyenne de +/- 2s/j (en fait +/- 60s/mois) et ce, garanti pendant deux ans.

 

Ces VFA étaient le pinacle de l’horlogerie telle que Grand Seiko en avait toujours révé. La prouesse des VFA n’a été que récemment égalée par Rolex en certifiant ses montres à +/- 2s/j.

Les VFA étaient sur la plus haute marche de l’horlogerie et représentaient l’aboutissement parfait pour Grand Seiko.

Comme Ken Hokugo l’a dit récemment dans son article sur les VFA publié sur le blog d’Ikigai Watches, “Ces modèles étaient les dernières vraies Grand Seiko mécaniques telles que nous les connaissons” et sa phrase mérite peut-être quelques éclaircissements. En effet, Grand Seiko a continué à produire des montres mécaniques après les VFA. Mais les choses avaient changé radicalement parce qu’il était impossible de faire mieux que les VFA. Mais surtout, le 25 décembre 1969, approximativement au moment du lancement des premières VFA, Seiko commercialisa l’Astron, la toute première montre à quartz au monde. Et peu importe le niveau de perfection des VFA, le quartz était sur le point de mettre un énorme coup aux montres mécaniques. Et le changement fut réel pour Grand Seiko. Comme nous n’avons cesse de le répéter depuis le début de cet article, les Grand Seiko ont pour caractéristique essentielle la précision. Puis…le quartz débarqua.

Seiko 35SQ Astron

Seiko 35SQ Astron

Le chamboulement ne fut pas anecdotique pour Grand Seiko. Bien qu’ils continuèrent à travailler sur les mouvements existants, le seul mouvement mécanique entièrement nouveau sorti après la commercialisation de l’Astron fut le calibre 564x qui équipa les 56GS. Il s’agissait d’un mouvement automatique à 28 800 alternances par heure qui se distinguait principalement par sa finesse comparée aux autres mouvements Grand Seiko. Sa production était automatisée, ce qui en fit un mouvement moins coûteux à produire en grande quantité. Et bien que les 56GS aient un très bon mouvement, elles ne boxaient clairement pas dans la même catégorie que les VFA. La famille des 56GS montre clairement le changement radical de perspective que le quartz imposa à Grand Seiko.

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56GS 5646-7040

Les Grand Seiko disparurent finalement vers 1975 et elles furent entièrement remplacées par des montres à quartz. Et comme Grand Seiko était l’incarnation ultime de l’horlogerie mécanique, aucune Grand Seiko à quartz ne fut produite à cette période. Leur place fut prise par les Grand Quartz, VFA Quartz et Superior Quartz.

Mais ne soyez pas tristes puisque comme on dit, “Le Roi est mort, vive le Roi” ou dans ce cas, “Grand Seiko est mort, vive Credor”.

 

Credor

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De 1960 à 1969, Grand Seiko était la gamme exclusive de Seiko, sur la première marche du podium tant au niveau de la qualité que du prix. Mais l’Astron jeta un énorme pavé dans la mare et força un changement de paradigme pour toute l’industrie, y compris pour Seiko. Les premières quartz de Seiko détrônèrent Grand Seiko et devinrent les Seiko les plus chères du catalogue.

En 1974, Seiko sépara ses modèles les plus hauts de gamme et luxueux dans une gamme appelée Crêts d’Or (les crêts étant le nom que l’on donne aux sommets jurassiens) en honneur au berceau de l’horlogerie. Ces montres avaient comme caractéristiques communes d’être toutes à quartz et en métaux précieux (or blanc ou jaune, ou platine).

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Un coucher de soleil doré dans les montagnes du Jura (Crédit moovisto.com)

Après avoir alterné plusieurs fois entre les noms Crêts d’Or et Credor, Seiko adopta définitivement le nom Credor en 1978, mais il s’agissait encore toujours d’une gamme de Seiko avec le logo Seiko à midi.

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Catalogue Credor de 1978 (Crédit Anthony Kable)

Puis pendant l’année 78, Credor devint une marque à part entière, avec le nom Credor sur le cadran et des catalogues séparés.

 

Le logo Credor fit sa première apparition en 1980 sur la couverture du catalogue, puis un peu plus tard sur les cadrans.

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Autrement dit, avant de devenir une marque à part entière, Credor était juste une gamme particulière de Seiko composée de quartz haut de gamme dans des montres en métaux précieux.

Tout comme Grand Seiko a ses codes (précision, lisibilité, simplicité etc), les Credor ont quelques points communs spécifiques à la marque, qui sont d’ailleurs représentés par les trois étoiles du logo de Credor:

  • L’utilisation des dernières technologies. Credor a produit et produit encore des montres mécaniques mais elles ne représentent qu’un petite partie du catalogue. Nous reviendrons rapidement sur ce point.
  • L’utilisation de métaux précieux. Bien que durant ses 45 ans d’existence, Credor a produit de nombreux modèles en acier, les métaux précieux sont l’une des signatures originales de la marque.
  • La mise en valeur du savoir-faire des artisans. Que l’on parle de l’assemblage, de la gravure ou de la décoration des mouvements ultra fins, des bracelets complexes, de l’utilisation d’artisanats traditionnels ou de la joaillerie, les Credor ont un côté bijou qui met merveilleusement en valeur le savoir-faire des artisans qui produisent ces montres.

Alors que Grand Seiko met l’accent sur la précision, la lisibilité et la simplicité, Credor se concentre sur les technologies, les métaux précieux et les décorations. Les philosophies de Grand Seiko et Credor sont en fait assez différentes: Grand Seiko s’affaire à produire des montres parfaites pour la vie de tous les jours, Credor s’évertue à fabriquer des montres habillées parfaites. Deux approches différentes de la perfection.

Cette distinction peut sembler peu significative mais elle implique beaucoup de choses pour Credor !

Lorsqu’on se penche sur le design des Credor, certains points communs émergent:

  • Le design est plus moderne. Il n’y a pas de Grammaire du Design, les montres doivent juste respirer la classe et le luxe, c’est tout. Au cours des quarante cinq années de l’histoire de Credor, beaucoup de collections ont existés avec autant de styles et d’inspirations différents, selon les modes du moment. Certaines sont très classiques, d’autres plus excentriques, mais ce sont toujours des montres habillées.
  • Credor ne produit presque que des montres très plates à quelques exceptions près. La finesse n’était et n’est pas un critère pour Grand Seiko, ce qui en fait des montres moins habillées que les Credor.
  • Les Credor sont avant tout des montres de luxe et doivent renvoyer cette image. Les Grand Seiko sont extrêmement bien faites mais sans pour autant devoir dégager une image de luxe pour autant.
  • Les Credor utilisent également la joaillerie, chose qui n’a jamais existé chez Grand Seiko jusqu’à très récemment.

Comme nous l’avons vu précédemment, la Grammaire du Design est née des valeurs propres à Grand Seiko et remplissant un réel rôle au regard de ces codes. Chez Credor, les valeurs de base sont très différentes et le design ne suit pas de règles strictes comme chez Grand Seiko. Credor fait des montres habillées classiques, tout simplement. Le côté pratique, la simplicité ou la lisibilité ne sont pas aussi prépondérants pour Credor, tant que le résultat est une belle montre de luxe. Cette philosophie différente a ouvert les portes aux designers de Credor pour créer de nombreuses collections dans de nombreux styles différents. Tout ceci rend l’analyse du design de Credor moins intéressante que celui de Grand Seiko puisque le style global de Credor peut être résumé par l’expression “montre habillée”. Une analyse plus intéressante peut être menée de manière plus individuelle pour les différentes collections de Credor, ce qui pourrait aussi faire l’objet d’autres articles.

Si l’on se penche sur le côté horloger de la question, ici aussi Credor propose moins de complexité que Grand Seiko. GS s’est toujours concentré sur la précision ultime alors que Credor préfère mettre en avant les dernières technologies. En 1974, cela signifiait le quartz, mais la technologie n’est pas toujours synonyme avec précision ultime.

Assez rapidement, Credor s’est focalisé sur les mouvements quartz ultra-fins, la précision moyenne des quartz classiques étant déjà largement suffisante pour la vie de tous les jours. Et il n’y a pas grand chose de plus habillé qu’une montre ultra fine !

Dans les années 90, avec le retour des montres mécaniques sur le devant de la scène, Credor commença à produire des montres mécaniques mais le seul mouvement encore utilisable pour des montres haut de gamme était le calibre ultra fin 68 (dont nous allons reparler rapidement). Puis quand Seiko sortit le Spring Drive, ils utilisèrent cette nouvelle technologie également. Vous vous demandez peut-être pourquoi on n’a jamais vu de Credor Kinetic ou Astron? La raison est plutôt simple, les Credor étant des montres généralement fines, ces mouvements étaient clairement trop épais pour en faire des montres habillées.

Maintenant que nous avons tracé les contours de ce qu’est Credor, explorons ensemble l’histoire de cette marque au travers des jalons les plus importants de ces 45 dernières années.

Mais ne commençons pas ce voyage par une Credor. Commençons plutôt par ce qui peut être considéré comme une Credor avant Credor, une montre qui coche toutes les cases propres à Credor et qui peut être considérée comme la prédécesseure de Credor.

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The Seiko "UTD" 68 6000

The Seiko “UTD” 68 6000 – Source tokei.blog

 

UTD 68-6000

UTD 68-6000. Source tokei.blog

Sortie en 1969, il s’agissait de la montre la plus chère du catalogue après l’Astron. Le cal.68 qu’héberge le boitier en or 18 carats est le fameux mouvement ultra fin de Seiko, un mouvement de seulement 1,98mm d’épaisseur. Et à l’époque, un tel mouvement était considéré comme une merveille technologique et horlogère. “Dernière technologie” check.

Le boitier en or 18k était décoré à la main, tout comme le cadran. “Métaux précieux” check, “mise en valeur du savoir-faire” check.

Et qu’est-ce qu’UTD veut dire? Ultra Thin Dress ou ultra fine habillée, check, check, check.

 

Vous vous demandez peut-être maintenant pourquoi Grand Seiko n’a jamais utilisé ce superbe cal.68. Encore une fois, la raison est plutôt simple, le mouvement étant si fin, il est presque impossible de le régler pour rentrer dans les normes chronométriques extrêmement strictes de Grand Seiko.

Ce qui met d’ailleurs en valeur une autre spécificité de Grand Seiko. Pour faire un mouvement robuste, celui-ci doit être quelque peu épais pour mieux supporter les contraintes mécaniques. Plus un mouvement est fin, plus il est fragile. C’est ce qui explique pourquoi Grand Seiko a toujours préféré avoir des mouvements plus épais mais plus fiables. Mais comme nous l’avons vu après la sortie des 61GS VFA, Suwa Seikosha réussit tout de même à produire des mouvements plus fins. Donc qui sait, nous verrons peut-être bientôt de nouveaux mouvements mécaniques Grand Seiko plus fins !

De la même manière que Grand Seiko préfère la fiabilité malgré l’épaisseur, Credor a toujours préféré la finesse aux prouesses chronométriques. Ce qui explique pourquoi les Grand Seiko sont proposées avec des normes chronométriques bien plus strictes que celles des Credor.

Comme nous l’avons déjà dit, la gamme Credor commença en 1974 avec plusieurs références, toutes des quartz en métaux précieux avec un logo Seiko.

 

En 1978, le nom de Credor fit son apparition sur les cadrans.

En 1980, Daini Seikosha commença à produire le cal.6720, le plus fin mouvement au monde avec seulement 0,89mm d’épaisseur. Ce mouvement atterrit finalement dans des Seiko Lasalle, une autre marque de Seiko. La même année, Credor commercialisa des montres équipées du 6730, une version légèrement plus épaisse de 1,1mm.

Cal.6720 Credor

Cal.6720 – Credit donghohaitrieu

 

Credor KZN054 with the cal.6730

Credor KZN054 avec le cal.6730

En 1982, Credor sortit ce qui est sûrement la montre la plus folle jamais faite par Seiko, la “Jewellery Watch”, 507 diamants donc un de 6,3 carats qui remplace le verre de la montre (parfait pour éviter de rayer le verre). Une pièce unique qui s’est vendue pour 220,000,000¥, ce qui correspond aujourd’hui (en prenant compte de l’inflation) à un peu plus de 2,000,000€.

seiko Jewellery Watch

Dans les années 80, Credor continua à produire des nombreux modèles et collections.

Puis en 1993, Credor relança son calibre 68 sous la forme modernisée du cal.6870.

credor 6870

Cal.6870

 

Credor 6870

Une ancienne Credor abritant le cal.6870 (Crédit Antiwatchman)

C’est également l’année où Credor lança la collection Pacifique, une collection de montres mécaniques inspirées par les bateaux et la navigation. Cette collection se détache vraiment des codes habituels de Credor mais elle montre également la volonté de Credor de s’inscrire dans cette renaissance de l’horlogerie mécanique de qualité dans les années 90.

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Credor Pacifique / Credit awc.co.jp

 

Credor Pacifique Chrono

Credor Pacifique Chrono

En 1996, Credor lança une version squelette et gravée à la main de son fameux cal.68, le tout nouveau calibre 6899, un mouvement toujours au catalogue plus de vingt ans après.

Credor 6899

Credor 6899

Credor-6899-2

Credor 6899 verso

Puis vint l’année 1998, une année très significative pour Seiko qui lança deux montres qui incarnent parfaitement leur marque respective: Credor et Grand Seiko.

Cette année-là, Seiko lance la Credor Chronometer, une montre en or avec un mouvement certifié “Chronomètre” et livrée avec son certificat du COSC.

credor seiko chronometre

C’est également en 1998 qu’est sortie la première Grand Seiko mécanique moderne, la SBGR001 (ainsi que la 002, mais c’est un autre sujet).

sbgr001

Les choses deviennent intéressantes lorsqu’on pose ces deux montres côte à côte. Qu’est-ce qu’il en ressort?

Credor Chronometer vs SBGR001

Grand Seiko SBGR001 vs Credor Chronometer

La Credor est une montre classique, habillée avec un boitier tout en rondeurs, entièrement poli en or massif. Le cadran est texturé et décoré, avec une petite seconde à 6h, un indicateur de réserve de marche vers 9h30 et le mot “Chronometer” sur la partie droite du cadran. On peut aussi constater que la montre est équipée d’un mouvement manuel avec un fond transparent.

A l’inverse, la Grand Seiko est en acier avec un design inspiré de la première Grand Seiko de 1960 avec ses fameuses cornes et leurs chanfreins. Ce design réinterprété et modernisé inclut maintenant des cornes qui s’intègrent parfaitement à la boite, à l’inverse des cornes rapportées d’origine. Les parties brossées et polies offrent un magnifique contraste. Les aiguilles sont larges et biseautées dans la tradition Grand Seiko, le cadran est clair, simple et lisible, la montre bénéficie d’une date et d’une mouvement automatique caché par un magnifique fond gravé du fameux lion. Tout dans cette montre respire Grand Seiko.

Nous avons donc une montre habillée classique et luxueuse face à la montre parfaite de tous les jours.

 

Et voici donc venu le moment de poser la question cruciale qui revient souvent: est-ce que Credor est plus haut-de-gamme que Grand Seiko?

 

A mon sens, ce n’est pas une question de savoir quelle marque est au-dessus de l’autre, c’est une question de valeurs et de philosophie. La Credor Chronometer est en or, mais utilise un design de boite plus simple et pas de polissage Zaratsu. La Credor est plus décorée, mais la Grand Seiko est plus épurée et lisible. La Credor est certifiée COSC, mais le Standard Grand Seiko est plus strict. La Credor est à remontage manuel pour la finesse mais la Grand Seiko est automatique pour des raisons pratiques. On pourrait continuer comme ça encore et encore tant la comparaison de ces deux montres est évocatrice.

Lancées approximativement en même temps, ces deux montres mettent parfaitement en valeur les spécificités de ces deux marques, mais je ne considère pas qu’une des deux soit supérieure à l’autre. Elles représentent chacune le sommet de ce que Seiko peut produire, mais l’une des deux marques vise à faire les meilleures montres habillées qui soient, tandis que l’autre vise à produire les meilleures montres de tous les jours, mais toujours avec un soucis de perfection ultime.

 

Retournons maintenant à nos jalons de l’histoire de Credor.

 

En 1999, Seiko commercialise le fabuleux mouvement Spring Drive. Ils lancent alors deux références Seiko (SBWA001 et 002 en acier et or jaune) et une Credor en platine.

Seiko credo premier Spring Drive

Vous vous demandez peut-être pourquoi on voit deux Seiko et une Credor mais pas de Grand Seiko. Et bien je suppose que comme le Spring Drive n’existait alors qu’avec un remontage manuel, ce mouvement n’avait pas le côté “pratique” indispensable à toute GS. Mais là vous allez me dire “mais pourtant Grand Seiko a produit des montres à remontage manuel !”. Et c’est vrai, mais si l’on regarde d’un peu plus près, on se rend compte que ces montres sont toujours un hommage à des modèles manuels des premières années de Grand Seiko, comme les SBGW001/004/033 (entre autres) pour la Grand Seiko First, la SBGW047 pour la 44GS ou même les SBGD001/201/202 qui rendent hommage au design de la 57GS.

SBGW004

SBGW004 Credit Watches.de

2-2-960.

SBGD001

SBGD001 / Credit @68molle

40-2.

SBGW047

SBGW047 / Credit @TheWatcherist

 

The legendary 44GS

The legendary 44GS

 

1999 est également l’année où Credor a lancé une nouvelle gamme de montres acier plutôt sportives, la gamme Phoenix. Tout comme la gamme Pacifique, la gamme Phoenix est plus moderne et jeune dans son style par rapport aux Credor traditionnelles produites jusqu’alors. Etant un produit tout de même haut de gamme, les Credor Phoenix utilisaient des mouvements mécaniques de qualité (les mêmes que ceux de la gamme Pacifique).

 

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GCBR993 / Credit @japou_s on Instagram

 

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GCBG987

 

Credor Phoenix Chrono

 

Cette gamme n’a existé que deux ou trois ans. Mais il est intéressant de noter qu’au début des années 2000, la Phoenix renaît de ses cendres, cette fois-ci dans une gamme Seiko Brightz, avec presque les mêmes mouvements, presque le même logo au dos de la montre et un style jeune et sport. Mon hypothèse est que Seiko a probablement décidé de recentrer Credor sur les montres haut de gamme habillées, de laisser Grand Seiko sur le haut de gamme des montres mécaniques et de repositionner la gamme Phoenix un cran en-dessous de Grand Seiko, dans une gamme Seiko spécifique: les Seiko Brightz Phoenix. Que cette décision soit intentionnelle ou non (il serait difficile de penser que ça ne soit pas le cas), elle a permis de faire une distinction plus claire entre les différentes gammes de Seiko. C’est vrai qu’une montre sportive en acier pouvait surprendre au milieu de la collection Credor habituelle !

 

 

En 1999, Credor sort deux pièces importantes. La première est la GCBK999, un modèle qui fête les 25 ans de Credor. Et pourtant, ce chronographe de la gamme Pacifique est très différent de ce qu’était Credor en 1974. Cette Pacifique est un chrono automatique en acier typé sport. Mais malgré tout, la gamme Pacifique est restée l’exception qui confirme la règle en restant au catalogue de Credor jusqu’à la fin des années 2000.

GCBK999

GCBK999 / Recadrage d’une couverture d’un magazine japonais

En 2000, Seiko lance le Micro Artist Studio. C’est une autre histoire passionnante mais elle serait trop longue pour être racontée ici. Cependant la création de cet atelier d’exception aura un impact monumental sur l’avenir de Credor.

yoshi Micro Artist Studio

L’autre montre très importante sortie cette année là est la GBBL993 avec un mouvement chronographe squelette, le 6S99.

gbbl993

En 2001, Credor sort quelques montres spéciales pour le 120ème anniversaire de Seiko, équipées du fameux calibre 68 “Ultra Thin Dress” de 1968.

credor-120

 

Credor-120-back

Credor-120-back-2

 

En 2004, Credor lance la gamme Node, une gamme très intéressante qui mériterait à elle seule un article pour décrypter les mystères de son design et les montres fabuleuses de la plus belle gamme Credor qui soit, gamme qui comprend entre autre la fameuse Credor Node Sonnerie sortie en 2006.

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GCBE999 équipé du cal.6898

 

 

Node Spring Drive Moonphase GCLL997 et 999.

L’incroyable Node Spring Drive Moonphase GCLL997 et 999 (Credit Damster)

 

En 2008, Credor sort la première version de la Eichi, un petit chef d’oeuvre qui mériterait aussi un article à lui seul.

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Credit Hodinkee

La même année, Credor sort une autre pièce d’importance, une montre totalement folle, la Juri Tenga GBBX998 (Juri est la Japonification du mot anglais jewellery, joaillerie) avec le mouvement super Hi-Beat 8L88 qui court à 12 battements par seconde, soit 43 200 battements par heure. Elle est faite en or 18k, en laque urushi avec des inserts de nacre. Une pièce unique absolument folle, une sorte de laboratoire expérimental sur le Hi-Beat sortie juste avant la première Grand Seiko moderne Hi-Beat, la SBGH001. Elle s’est vendue à 50,000,000¥ soit approximativement 400 000€.

 

Juri Tenga GBBX998

Juri Tenga GBBX998

 

Juri Tenga GBBX998 2

Juri Tenga GBBX998

 

En 2011, Credor sort une autre “Masterpiece” pour célébrer les 130 ans de Seiko, la Credor Node Répétition Minute.

2011 Credor Node Minute Repeater

En 2014, Credor sort une montre pour le 40ème anniversaire de la marque, la Signo Cherry Blossoms Skeleton GBBD965, mais de manière encore plus importante, Credor sort également cette année la fameuse Eichi 2.

GBBD965

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Credit Hodinkee

 

En 2016, Credor sort son premier tourbillon, le Fugaku, une autre pièce absolument dingue qui réunit la plus emblématique des complications de haute horlogerie avec des techniques artisanales traditionnelles japonaises de gravure, de laque et même de sertissage de pierres précieuses.

Tourbillon Fugaku

Tourbillon Fugaku

En 2018, Credor sort une montre spéciale pour célébrer le 25ème anniversaire du mouvement emblématique 6870 avec la référence GBAQ958. Le cadran est orné d’un Phoenix réalisé à l’aide de la technique maki-e et entouré d’incrustations en nacre.

Cette créature légendaire représente la façon dont le calibre 68 fut utilisé par le passé avant de disparaître au début des années 70, pour renaître de ses cendres en 1993.

GBAQ958

GBAQ958

Ils ont également sorti cette même année le magnifique Credor Eichi II en or rose pour célébrer le 10e anniversaire de l’Eichi.

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Seiko Credor Eichi rose gold / Credit WatchesbySJX

 

Conclusion

L’idée de cet article était d’amener le lecteur dans un (long) voyage de près de 60 ans dans d’histoire de l’horlogerie haut de gamme de Seiko, en découvrant les similitudes et les différences de ses deux marques emblématiques, Grand Seiko et Credor. L’histoire de Grand Seiko commençant à devenir de plus en plus connue des amateurs, il m’a semblé intéressant de s’attarder plus en profondeur sur ce qui fait l’essence même de ces marques, leurs philosophies, leur ADN, afin de mieux comprendre comment ces valeurs se matérialisent dans le design et les mouvements de ces montres.

Comme Credor est une marque plus obscure, moins connue et encore moins comprise avec presque aucune information disponible à ce sujet (hormis l’excellent article d’Anthony Kable sur les débuts de Credor), j’ai voulu mettre en avant ici l’identité même de Credor et de sa philosophie. Il fut fastidieux de rassembler les bribes d’information dispersées aux quatre coins du web mais c’est un plaisir d’avoir pu centraliser ces informations pour les rendre disponibles au plus grand nombre. Et enfin, il m’a semblé intéressant de survoler l’histoire de Credor à travers les modèles importants qui ont jalonné celle-ci.

Au final, on peut voir que Credor et Grand Seiko sont deux marques complémentaires qui mettent en avant, chacune à leur façon, le savoir-faire de Seiko dans la haute horlogerie. Credor s’affaire à produire les meilleures montres habillées au monde tandis que Grand Seiko s’efforce de faire la montre parfaite de tous les jours. Mais ces deux marques sont avant tout entièrement tournées vers la perfection, chacune avec ses codes et sa philosophie et c’est la raison pour laquelle on peut considérer que ces deux magnifiques marques sont en quelque sorte les deux faces d’une même pièce.

 

Un grand merci à Anthony Kable pour ses informations et son article sur les débuts de Credor.

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Arnaud
Written by Arnaud
Arnaud Aimonetti s’est passionné pour l’horlogerie en voyant un mouvement mécanique pour la première fois. Avec le temps, Arnaud est devenu un véritable spécialiste de la marque Seiko, et il est considéré aujourd'hui comme une encyclopédie vivante de la marque japonaise. Il est d'ailleurs très actif et aime partager son savoir avec d'autres amateurs, que ce soit à travers des groupes ou des forums en ligne, des articles ou des évènements qu'il organise. Arnaud s'occupe également du site Ikigai Watches aux côtés de James Mariën.