Chrono Airain 50’. Parce qu’il n’y a pas que la Type 20 !

chronographe-airain

Il y a peu, Internet bruissait à l’annonce de la sortie prochaine d’une réédition du légendaire chronographe-flyback signé Airain : le Type 20.

Il ne sera pas ici question de raconter une énième fois l’histoire de cette montre mythique mais de présenter un autre chronographe, que la renommée du premier aura sans doute gardé dans l’ombre, à moins que la vérité ne soit ailleurs…

 

De quoi parle-t-on ?

Désormais propriété de Lebois&Co, qui compte donc la relancer, la marque Airain a été créée et commercialisée par la Manufacture DODANE jusqu’en 1995, date à laquelle elle cessa son activité. Pourtant, la Maison fondée en 1857 à La Rasse dans le Doubs par Alphonse Dodane et son beau-père, François-Xavier Joubert, pouvait se targuer d’être un des plus anciens fournisseurs agréé OTAN, tant pour l’équipement des avions de combats que celui des pilotes. Cette orientation particulière fait intégralement parti de l’ADN de la Manufacture et ne doit rien au hasard.

En effet, quand Alphonse-Gabriel Dodane prend le relais de son père à l’aube de la Première Guerre Mondiale, il est déjà convaincu que la conquête de l’air serait tout aussi importante que celle de la route. Les noces seront consommées quand en 1917, celui-ci mis au point un chronographe à rebours de conception très innovante, permettant ainsi de résoudre le décalage qui existait entre le moment où les premiers avions militaires de bombardement lâchaient leurs projectiles et l’endroit où ceux-ci tombaient.

airain-chronographe-avis

Il est donc question aujourd’hui d’un chronographe Airain mais plus précisément d’un compax (deux sous-compteurs : petite seconde et compteur 30 minutes) animé par un Valjoux 23 sur cadran clair et boitier or de 38 mm.

N’ayant pu obtenir de réponse à mes questions de la part de la Maison DODANE à propos de cette montre (à leur décharge, je dois avouer ne pas avoir été des plus insistants), il m’aura fallu faire mes devoirs pour tenter d’en percer les mystères et en déduire l’origine…

Regardons tout ça un peu plus en détail

Tout d’abord, attardons-nous sur le cadran …

Cadran-chrono-airain-annees50

Derrière des aiguilles glaives cuivrées se cache un cadran certes clair, mais avec la singularité d’être traité en deux façons : Un disque central argenté brillant, fini brossé de façon circulaire (évocation subtile d’une hélice en rotation ?) joue agréablement avec la lumière, et contraste d’autant plus que le reste du cadran présente un fini mat, presque poudré et pour le coup, (charme du vintage) uniformément patiné. L’équilibre général est quant à lui garanti par l’alternance des index en applique, eux aussi cuivrés, avec d’une part des chiffres arabes sur les heures paires et triangulaires d’autre part pour les heures impaires.

Cadran-airain-chrono

Pour ce qui est des marquages, la minuterie est complété par deux échelles, une tachymétrique en noir au-dessus et une télémétrique en rouge au-dessous. Pour rappel, l’échelle télémétrique permet de mesurer certaines distances en calculant l’intervalle entre l’observation d’un phénomène et le bruit qui est provoqué par ce dernier, entre l’éclair d’un tir d’artillerie et le bruit d’une détonation par exemple… Quant à l’échelle tachymétrique, est-il encore utile de rappeler son intérêt en termes de navigation aérienne ?

Cadran-airain-chronographe

Pour finir, la typographie. Celle de la marque sort des standards et donne le ton : sans nul doute les années 50 et ses « Happy days » sont à l’honneur. Quant aux couleurs, les photos ne leurs rendent pas forcement hommage mais il est question d’un délicat camaïeu de bruns, du plus foncé au plus clair, qui alliés aux tonalités crème du cadran, donnent un rendu très soigné à l’ensemble.

 

Détaillons maintenant le boitier

Boite-airain-chronographe

Un boitier en or de 38mm de diamètre donc, accompagné de deux boutons poussoirs rectangulaires, eux aussi en or 18 carats. Seule la couronne est en plaqué : rien de très surprenant que la pièce la plus soumise à l’usure n’ai pas eu droit au même traitement de faveur que le reste.

Mais ce n’est pas tant la matière utilisée qui attire l’œil que les cornes qui enserrent la boite, presque à la façon d’un sertissage de joaillier. En effet, ces cornes droites monumentales, affichant tout de même une distance de corne à corne de 45mm, réhaussent fortement la singularité de la pièce. Le double chanfrein témoigne non seulement d’une certaine maitrise technique mais évoque assez clairement des ailes ou l’empennage d’un avion. (A ce propos, connaissez-vous le Fuga CM-170 Magister, cet avion à réaction subsonique de conception française, entré en service en 1956 comme avion d’entrainement et de liaison, et avion de voltige de la Patrouille de France de 1964 à 1980 ?)

airain-chronographe-epaisseur

Quant à la lunette, légèrement en décalage avec la boite, réduisant au passage l’ouverture du cadran à 32mm, elle témoigne là-aussi d’une grande maitrise technique et d’un souci du détail manifeste. En effet, il n’est pas courant de trouver une boite chanfreinée sur laquelle vient se poser en retrait une lunette elle-aussi chanfreinée, venant raser le contre-chanfrein des cornes.

Chanfrein-airain-chrono

Cette démonstration technique donne, avec de part et d’autre le plexi bombé et le fond clipsé, un profil de boite en forme d’ogive, aussi agréable à l’œil que pour le passage sous la manche d’une chemise. Esthétiquement, ce surplus de lignes aurait pu irrémédiablement alourdir l’ensemble, mais force est de constater que ça fonctionne très bien et si le design est conforme aux canons des « Fifties », il pourrait se voir désormais qualifié de « Rétro-futuriste ».

Pour le mouvement, est-il encore nécessaire de présenter un Valjoux 23 ? Rappelons tout de même que ce calibre a été utilisé de 1938 à 1974, et qu’il a servi de base à toute une série de famille de mouvement, dont le mythique 72. Pour les caractéristiques, il s’agit d’un 13 lignes de 29.5 mm à 17 rubis, battant à 18 000 alternances par heure et doté d’une réserve de marche de 48 heures.

airain-chronographe-Mouvement

Profitons-en pour remarquer la présence de 3 étoiles sur le fond de boite. Cette distinction, où le nombre d’étoile indique le degré de précision officiellement reconnu, est attribuée par le CETEHOR (Centre Technique de l’industrie Horlogère) de Besançon. Notons au passage que c’est à Besançon que s’est établie l’Usine des Horlogeries DODANE en 1943, inscrite au titre des Monuments Historiques depuis 1986.

fond-de-boite-airain

Qu’en conclure, et quel rapport avec la Type 20 ?

Chacun s’accordera sans doute pour dire que c’est une belle montre, OK. Mais encore ? Si le vendeur indiquait sans être affirmatif non plus qu’elle datait des années 60, les références aux années 50 sont pourtant nombreuses.

La diversité des détails, alliée à la qualité d’exécution, sans parler du choix du matériaux de la boite me font dire que c’est une montre plutôt exceptionnelle, bien loin des robustes montres-outils, plus dans le genre de celles que l’on produit quand on a quelque chose à fêter.

Si l’on ajoute à cela les références à l’aviation, on obtient, selon moi, une montre jubilée, dans le genre de celles qui nous permet de crier victoire après, par exemple, la validation de nos Type 20 par l’Aéronavale française, nous permettant ainsi de rejoindre Breguet, pour qui la livraison des Types 20 avait commencé… en 1954.

Mais seuls les héritiers de la Maison DODANE peuvent le confirmer… ou pas !

 

Hippolyte

airain-chronographe-au-poignet

Partager: