L’incroyable Patek Philippe Nautilus sous toutes les coutures

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Aujourd’hui, on se penche sur une icône des temps modernes qui à une place importante dans l’histoire de l’horlogerie de luxe : La Patek Philippe Nautilus. Depuis son tout premier lancement il y a plus de 40 ans, cette montre a fait parler d’elle, et a déchaîné les passions. Originale et osée pour l’époque, elle fait maintenant partie des modèles les plus reconnus et les plus prisés par les collectionneurs du monde entier. Après avoir traité le sujet de la Audemars Piguet Royal Oak, attaquons-nous à la Patek Philippe Nautilus.

Un peu d’histoire

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Avant d’entrer dans le vif du sujet avec l’histoire de la Nautilus, commençons par quelques mots sur les débuts de la marque à son origine. Pour cela, il nous faut remonter en 1839, année pendant laquelle Antoine Norbert de Patek et François Czapek fondèrent une maison horlogère qu’ils appelèrent « Patek, Czapek & Cie ».

En 1845, devant certains désaccords trop récurrents, Czapek et Patek décidèrent de dissoudre Patek, Czapek & Cie. C’est en 1851 que le nom “Patek Philippe, & Cie” fera son apparition. Philippe étant le nom de Jean Adrien Philippe, un horloger de profession, qui avait reçu une médaille de de bronze à l’Exposition nationale de Paris en 1844 pour son système de remontage et de mise à l’heure sans clefs. C’est d’ailleurs en 1844 à cette exposition que les 2 hommes, Patek et Philippe s’étaient rencontrés.

Ensemble ils sortiront d’ailleurs, en 1851, les premières montres du monde sans clef. Grâce entre autres à des innovations grandioses pour l’époque, l’entreprise s’est vite fait connaître du public et des très hautes sphères internationales, allant jusqu’à produire la première montre-bracelet du monde pour une comtesse hongroise en 1868. Pendant les années qui suivirent, “Patek, Philippe et Cie” n’a cessé de déposer des brevets plus impressionnants les uns que les autres, comme notamment un mécanisme de quantième perpétuel en 1889, un mécanisme de double chronographe en 1902, et j’en passe. Au fil des années, la maison horlogère a gagné d’innombrables prix en référence à la qualité et à la précision de ses montres, ainsi qu’à ses innovations qui furent utiles à l’industrie toute entière. Pour vous donner un exemple de la précision de leurs montres, on peut noter qu’en 1962, un mouvement Patek Philippe à tourbillon a obtenu un record de précision pour une montre mécanique, et que ce record est toujours inégalé aujourd’hui.

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En plus de toutes ces innovations et ces avancées majeures dans le monde de l’horlogerie internationale, Patek Philippe tentait aussi de faire évoluer les codes esthétiques du style classique, en proposant des montres qui répondaient aux codes de la haute horlogerie de l’époque en matière de design et de style, mais en prenant quelques légères libertés ici et là. La marque était très encrée dans le style des montres suisses des années 50 et 60, à savoir les “Dress Watches” ou montres habillées, en métaux précieux et aux nombreuses complications, mais on pouvait sentir une envie d’explorer d’autres horizons à travers quelques détails précis. Cette volonté semble s’être accentuée à partir de 1968 avec le lancement de l’audacieuse Ellipse d’Or, et s’est définitivement affirmée quelques années plus tard en 1976, avec la naissance de la première Patek Philippe sportive, la Nautilus en acier, référence 3700.

La naissance de la Nautilus

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La Nautilus est donc née en 1976, sept ans après le lancement de la Seiko Astron, la première montre à quartz destinée au grand public du monde, qui déclencha le début de la plus importante crise que l’industrie de l’horlogerie n’ai jamais connue. Les parts de marché des maisons horlogères suisses se mirent à dégringoler au profit des maisons asiatiques dont le japonais Seiko que l’on vient d’évoquer, qui proposaient des montres à quartz accessibles, plus précises que les mécaniques, et qui les présentaient comme les montres du futur en mettant en avant leur technologie révolutionnaire pour l’époque. De nombreuses entreprises suisses du secteur ont simplement mis la clé sous la porte, et pour les autres, il a fallu prendre des décisions stratégiques d’envergure. Les dirigeants de Patek Philippe ont décidé de continuer à faire ce qu’ils faisaient de mieux, à savoir produire des montres de luxe aux mouvements mécaniques, et qui font la part belle à l’innovation. Dans la seconde moitié des années 70, la marque prit le pari de se lancer dans les montres sportives, tout en restant dans le créneau du luxe.

En 1976 donc, la décision fut prise de lancer leur première montre sportive de luxe en acier au prix des montres en or. Le fait de vendre une montre en acier au prix de celles en or faisait même partie de l’argumentaire de vente de la marque!

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Ils firent appel à un des designers horlogers les plus reconnus au monde à ce jour : Gerald Genta, qui était à l’origine entre autres de l’iconique Royal Oak de chez Audemars Piguet, lancée quatre an auparavant en 1972. Cette dernière a marqué l’industrie toute entière, puisqu’elle est considérée comme la première montre sportive dotée d’un mouvement de haute horlogerie, faite avec des matériaux moins nobles que l’or dont on avait l’habitude, et agrémentée d’un bracelet intégré. La Royal Oak fut accueillie de façon contrastée par l’industrie, mais elle fut rapidement adoptée par la jet-set internationale.

Patek Philippe, qui était déjà un des concurrents les plus sérieux d’Audemars Piguet, a donc assisté à ce lancement, et semble avoir senti qu’il ne s’agissait pas uniquement d’un effet de mode, mais bien d’une nouvelle mouvance qui allait faire du bruit. C’est entre autres pourquoi ils ont décidé de faire appel à Gerald Genta, qui après avoir compris ce que recherchait Patek Philippe, donna naissance à la Nautilus. D’après l’artiste lui-même, il n’a eu besoin que de cinq petites minutes pour dessiner cette montre. Aujourd’hui, plus de 40 ans plus tard, on peut dire que s’il dit vrai, ce furent probablement les cinq minutes les plus productives de sa carrière…

Des inspirations marines

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Vous l’avez compris, la Nautilus représentait une grande première pour Patek Philippe, qui était jusqu’alors spécialisé dans les montres habillées en or et autres matériaux nobles. En présentant cette montre de sport de luxe en acier, la marque affirmait encore une fois sa volonté d’aller de l’avant, d’innover, de rester en mouvement, et de dicter les codes à l’industrie. Il est indéniable que cette Nautilus reprenait des codes proches de ceux de la Royal Oak d’un de ses concurrents principaux, mais sans en être une copie bien évidemment. Gerald Genta, qui a donc dessiné ces deux garde-temps d’anthologie, était passionné par la mer, par l’océan, et par tout ce qui se rapportait au monde naval en général. Cela se ressentait très nettement dans ses œuvres.

Ces deux designs sont clairement inspirés de formes de hublots de navires avec des lunettes imposantes octogonales, celle de la Nautilus adoptant une forme un peu plus douce que celle de la Royal Oak, très portée sur les angles. Sur la Nautilus, les parties du boîtier aux extrémités droite et gauche rappellent elles aussi les mécanismes d’ouverture des fenêtres de bateaux. Et l’inspiration marine ne s’arrête pas là, puisque son nom fait référence au sous-marin fictif inventé par Jules Verne dans son œuvre “20 milles lieux sous les mers”, et piloté par le fameux capitaine Némo.

Caractéristiques techniques

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Le boîtier original de la Nautilus mesurait 42 millimètres de diamètre dans la diagonale la plus longue, et 7,6 millimètres d’épaisseur. Sa forme a été brevetée par Patek Philippe, qui avait compris très tôt qu’il valait mieux protéger cette pièce au maximum… Il s’agit d’un bloc unique dans lequel on insère le calibre par le cadran, qui est ensuite refermé avec une seconde partie constituée de la lunette, du verre cristal, et des fameuses protubérances de part et d’autre de la lunette, qui font partie intégrante de l’identité visuelle de cette montre emblématique. La 3700 était déjà étanche jusqu’à 120 mètres de profondeur, ce qui était tout à fait respectable pour une montre de sport, même si cette dernière était plus destinée à une jet-set en quête de qualité et de nouveauté qu’à des plongeurs invétérés…

La Nautilus 3700 était entraînée par le calibre 920 fabriqué par Jaeger-Lecoultre. Une fois installé dans la montre, Patek Philippe appelait ce mouvement le 28-255 C. À l’époque, le fait d’utiliser des mouvements fabriqués par d’autres maisons horlogères était déjà une pratique répandue. D’ailleurs, la Overseas de chez Vacheron Constantin et la Royal Oak de chez Audemars Piguet étaient toutes les deux entraînées par des mouvements basés sur ce fameux calibre 920 de Jaeger-Lecoultre. Ce calibre fait encore aujourd’hui partie des mouvements automatiques avec rotor central les plus plats du monde. Il s’agit d’un mouvement 2,45 millimètres d’épaisseur d’habitude, auxquels on doit ajouter 0.6 millimètre pour la complication de date. On arrive donc à 3,05 millimètres d’épaisseur dans la 3700, pour un diamètre de 28 millimètres. Il contient 36 rubis, et utilise le balancier Gyromax inventé par Patek Philippe. Sa réserve de marche est de 40 heures.

Le bracelet intégré

dessins nautilus royal oak

https://monochrome-watches.com/

Une des innovations grandioses que représente la Overseas, la Royal Oak, et la Nautilus, se trouve dans l’utilisation d’un bracelet intégré. Ce concept faisait partie des coups de génie de Gerald Genta, qui décida de dessiner les montres et leurs bracelets dans un style complétement cohérent, comme s’ils étaient une seule et même pièce. L’attention portée au bracelet est équivalente à celle portée au boîtier et au corps de la montre à proprement dit. Là où une montre de sport classique pourrait se suffire à elle-même sans bracelet, la Nautilus d’origine était obligatoirement assortie de son bracelet intégré, créant alors un bijou complet à l’identité encore plus forte. Aujourd’hui, les choses ont évolué, et différents styles de bracelets sont utilisés avec des Nautilus, mais le concept du bracelet intégré fait partie de l’essence même de la montre.

Les Nautilus aujourd’hui

PP Nautilus

Aujourd’hui, la Nautilus a sa propre collection, dans laquelle on trouve 33 modèles sur le site officiel de Patek Philippe. C’est sans compter les versions qui ont été proposées puis arrêtées au fil des années, entre son premier lancement et aujourd’hui.

Parmi les 27 modèles produits en ce moment, on trouve des montres classiques qui ressemblent beaucoup à la première Nautilus de 1976, avec des variantes au niveau des matériaux utilisés et de la couleur des cadrans. On trouve également des options plus féminines de la Nautilus, offrant un boîtier d’une taille un peu inférieure à l’originale, et une fenêtre de date qui passe de 3 heures à 6 heures. On parlait plus haut du bracelet intégré, que l’on retrouve sur une grande partie des Nautilus d’aujourd’hui, mais qui laisse parfois la place à un bracelet en cuir, ou en matériaux plus originaux. Certains des modèles se parent de diamants, que ce soit sur la lunette, sur le cadran, sur le bracelet, ou absolument partout…

nautilus croco

Différentes complications sont également ajoutées sur certaines de ces Nautilus. La classique est une simple 3 aiguilles (ou 3 aiguilles + date), mais on trouve aujourd’hui des Nautilus avec des indicateurs de réserve de marche, des cadrans petites secondes, des cadrans phases de lunes, des guichets de jour, date, et mois en lettres, des chronographes, et j’en passe.

En termes de tarif, la gamme est assez large. Sans compter les modèles dont les prix ne sont transmis que sur demande. On peut d’ailleurs noter que la fameuse référence 5711/1A-010 (environ 27,000 euros en boutique à l’époque) a été arrêtée il y a peu et que les prix sur le marché de l’occasion font froid dans le dos! Notez également que la version femme en or rose entièrement pavée de diamants au sertissage aléatoire, la 7121/1R, est présentée à 281 890 €.

nautilus femme or

Le cas de la Nautilus 5740/1G

Parmi les différentes Nautilus à complications diverses, il peut être intéressant de noter l’arrivée récente (lancement 2018) de la 5740/1G. Il s’agit de la première grande complication dans la collection Nautilus. Elle est entraînée par le calibre 240 Q, un mouvement automatique extra-plat. Il s’agit d’une montre à quantième perpétuel, qui indique également les phases de lune, le jour, la date, le mois, les années bissextiles, et l’indication 24 heures par aiguille. Il aura fallu attendre 42 ans entre le lancement de la première Nautilus et cette version à quantième perpétuel. En guise de comparatif, seulement 11 ans se sont écoulés entre le lancement de la première Royal Oak d’Audemars Piguet et le lancement de sa version équipée d’un calendrier perpétuel.

nautilus 2018 perpetuel

Alors, pourquoi cette version de la Nautilus sort-elle tant du lot ? Parce qu’elle est la première à regrouper trois grandes révolutions dont Patek Philippe est à l’origine : premièrement, on le rappelle, c’est Patek Philippe qui a lancé la toute première montre à bracelet au monde. Deuxièmement, c’est Patek Philippe qui a présenté la première montre à bracelet équipée d’un calendrier perpétuel. Et troisièmement, comme on l’a évoqué plus haut, la Nautilus fut la première montre de sport de la marque. Il aura donc fallu attendre 2018 pour voir ces trois éléments, qui ont tous changés le monde de l’horlogerie, réunis dans une seule et même montre. Cette dernière est proposée aux alentours de 108 000 €.

Le mot de la fin

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Gerald Genta est donc le designer qui se cache derrière la Audemars Piguet Royal Oak et la Patek Philippe Nautilus (et non la Vacheron Constantin Overseas contrairement à ce que l’on peut parfois lire) . À elles trois, ces montres ont révolutionné l’horlogerie internationale, et sont aujourd’hui des icônes prisées par tous. Patek Philippe a réussi à faire du bruit avec de nombreux autres modèles, contrairement à Audemars Piguet pour qui la Royal Oak représente bien plus de la moitié des ventes en volume, et qui se bat aujourd’hui pour montrer au monde qu’elle sait faire d’autres choses très intéressantes, notamment avec la CODE 11.59.

Patek Philippe a renforcé son image d’innovateur avec la Nautilus, et continue de surprendre avec ses déclinaisons, notamment la 5740/1G à quantième perpétuel. Il semble que la Nautilus, forte de son histoire incroyable et de ses options contemporaines qui rencontrent un succès certain, n’est pas prête de disparaître du paysage horloger mondial, et ce n’est pas pour nous déplaire…

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Theophile
Written by Theophile
Theo - LeCalibre.com. "En horlogerie, la complication n'est jamais loin..."