Montre Russe: l’histoire du savoir-faire horloger soviétique

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La Russie, ce pays à l’histoire plus que mouvementée, aujourd’hui dirigé d’une main de fer par un gouvernement unique en son genre, a pendant des années joué un rôle important dans le secteur de l’horlogerie. Cette patrie aujourd’hui représentée par un leader charismatique et mystérieux dont beaucoup se méfient a développé un réel savoir-faire horloger pendant ses années prospères, savoir-faire qui subsiste encore aujourd’hui à travers des ateliers d’artisans passionnés. Lorsque l’on pense à la Russie, on pense souvent à la Place Rouge, à la guerre, à l’URSS, au froid, au communisme, à la politique et à Vladimir Poutine torse nu sur un ours. Mais pour les connaisseurs, la Russie c’est aussi une multitude de montres originales et intéressantes qui valent le coup d’oeil. En voici quelques-unes parmi nos préférées.

Raketa

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Montre Raketa avec aiguille circulaire. Credit : Equationdutemps

Raketa est sans aucune doute la marque la plus célèbre et la plus influente du secteur. L’usine qui produit les montres du côté de St-Petersbourg à des origines remontant à 1721 et employait alors des tailleurs de pierres. La marque voit le jour en 1961, année du premier vol dans l’espace de Youri Gagarine. Le nom Raketa signifie d’ailleurs “fusée” en Russe, et ce lien entre la marque et la conquête spatiale perdure encore aujourd’hui. L’usine est alors appelée l'”Usine de Montres de Petrodvorets”. Elle deviendra un géant de l’industrie russe avant de s’écrouler à la chute de l’URSS.

A noter : Ракета en russe se prononce “Raketa”. On peut donc voir les deux orthographes “Paketa” ou “Raketa” mais il faut prononcer avec un “R”.

Aux alentours de 2010, le français aux origines russes Jacques Von Polier et le néo-zélandais David Henderson-Stewart reprennent la marque et proposent une montée en gamme des produits proposés tout en gardant les machines de la grande époque. En 2014, Raketa présente son propre mouvement automatique qui est utilisé encore aujourd’hui dans la majorité de ses modèles. Les montres Raketa vont de la simple 3 aiguilles classiques à l’inspiration vintage à des chronographes à multiples complications, en passant pas des pièces plus originales comme la Raketa Copernic avec ses aiguilles circulaires ou encore des modèles sportifs en tous genres avec des plongeuses, des montres de pilotes et autres. La stratégie de la marque semble s’orienter de plus en plus vers l’export et il est désormais possible de se procurer bon nombre de leurs modèles chargés d’histoire.

Pour en savoir plus sur ce monument de l’époque, rendez-vous sur notre page marque Raketa.

Poljot

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Vieille Montre Poljot

l’Usine de Montres de Petrodvorest est un peu à l’origine de l’ampleur qu’à pris la culture horlogère russe, mais elle n’était pas la seule. En 1930, Staline avait ordonné la création d’une manufacture horlogère russe à Moscou. Elle pris le nom de “Первый Государственный Часовой Завод – 1ГЧЗ”, qui signifie “Usine Horlogère Moscovite Numéro 1” . Elle travaillait avec des machines importées des Etats-Unis et du personnel formé par des techniciens américains. A partir de 1946, certaines montres estampillées Pobeda,  marque qui a vue le jour dans l’usine qui produit Raketa, sortaient également de cette usine moscovite, entrainées par des mouvements K-26, qui étaient en réalité basé sur le calibre français R26 développé par LIP. En 1959, la firme commença a exporter des modèles sous le nom de Sekonda, qui signifie “seconde”.

On l’a évoqué plus haut, 1961 marque le premier vol dans l’espace de Youri Gagarine. A son poignet se trouvait une montre appelée Sturmanskie, qui signifie “navigateur”, et qui provient de l’usine de Moscou. Puis en 1964, les montres de cette usine prirent le nom de marque Poljot, qui signifie “Vol” en Russe. En 1965, le cosmonaute Alexei Leonov devient le premier premier homme au monde a effectuer une sortie dans l’espace en dehors de tous véhicules. Il portait alors une montre de chez Poljot appelée la FMWF Strela qui signifie “flèche”. La marque fut très active jusqu’aux années 90. Elle a également souffert de la chute de l’URSS, comme tout le pays, mais n’a pas lâché le morceau pour autant.

Elle fut rachetée dans les années 2000 par un homme d’affaire russe, mais la production de montres bracelets semble s’être arrêtée aux alentours de 2004 suite à des problèmes du nouveau propriétaire avec la justice. Une partie des machines fut rachetée et utilisée pour la production d’une nouvelle marque appelée Maktime. L’entreprise Poljot a pourtant toujours une unité de production, qui se concentre aujourd’hui sur deux tâches différentes: la production de cadrans décorés pour des montres d’entrée de gamme, et la conception de magnifiques chronomètres marins mécaniques destinés aux navires de la marine nationale russe, qui se vendent plusieurs milliers d’euros. Il peut être intéressant de noter que chaque bateau de la marine russe se doit de posséder un de ces chronomètres. Poljot en tant que créateur d’appareil de mesure n’est donc pas prêt de mettre la clé sous la porte. Une belle manière de la part du gouvernement de protéger un savoir-faire historique et d’aider une entreprise a garder la tête hors de l’eau face à la compétition internationale.

Maktime

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Un des quelques chronographes estampillés Maktime

Née à Moscou aux alentours de 2004, elle est constituée dès le début de bon nombre d’anciens artisans et horlogers de chez Raketa et d’autres usines du pays dont celle qui produisait Poljot. C’est d’ailleurs dans les locaux de cette dernières et avec les machines présentes sur place, qui furent rachetée par des employés, que l’histoire Maktime commence. La production sera ensuite déplacée dans des locaux différents au Sud-Est de Moscou. Des calibres 3133 continuent donc d’être produits sous cette nouvelle marque pendant quelques années. Ils sont utilisé dans certaines montres estampillées Maktime, mais beaucoup sont vendus et utilisés pour la créations des marques Aviator, Buran, Sturmanskie et d’autres tentant d’utiliser la renommée d’antan de Poljot en s’appellant Poljot Trade, Poljot International ou autres. Maktime cessera son activité en 2011. Certaines des marques que nous venons de citer sont encore en activité, mais les modèles sont entrainés par des mouvements ETA, Miyota, ou chinois.

Vostok

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Montre Vostok Vintage

La marque Vostok est produite par une usine créé en 1942 à Christopol, et s’est toujours concentrée sur la production de montres mécaniques militaires et de plongée. Vostok signifie “Est” en russe, un nom qui fait lui aussi référence à un programme spatial russe. Toutes leurs montres étaient à l’origine réservées aux militaires russes. La marque est également en charge de la production d’une horloge mécanique spécifique ultra précise et résistante à destination des sous-marins russes.

Konstantin Chaykin

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La célèbre Joker de Konstantin Chaykin

Plus contemporain, Konstantin Chaykin a lui aussi une histoire intéressante. Agé d’une quarantaine d’année, il travaille avec une vingtaine d’horlogers sous ses ordres dans un atelier à Moscou, et propose des pièces exclusives assez folles. En 2018, il a reçu le Grand Prix d’horlogerie de Genève dans la catégorie “Audace”. Cela en dit long sur la qualité de ses produits, et sur la reconnaissance qu’il reçoit des plus grands de l’industrie mondiale. Il est notamment le créateur de la Joker, et il travaillerait avec son équipe sur une sorte de montre GMT qui donnerait simultanément l’heure sur terre et celle sur Mars, dans le but d’équiper les premiers individus s’envolant vers la planète rouge. Décidément, la conquête spatiale est vraiment quelque chose qui semble fasciner le peuple russe et ses horlogers.

Luch

Luch montre vintage

Luch est une marque Biélorusse, pays indépendant de la Russie depuis le démantèlement de l’URSS en 1991, mais qui a gardé des liens très forts avec le pays de Vladimir Putin. Luch n’est donc pas à proprement dit une marque de montres russe, mais elle est clairement héritière de la culture horlogère soviétique. C’est en 1953 qu’une fabrique de montres voit le jour à Minsk et produit de nombreux garde-temps sous les marques Luch et Zarja. Elle a tiré son épingle du jeu en proposant de magnifiques montres-bijoux pour femmes et des montres ultra-fines pour hommes. Elle produisait également des montre haut de gamme pour Poljot qui étaient estampillées Poljot de Luxe et qui venaient s’ajouter à la fabrication de l’usine de Moscou.

Luch a survécu à l’hécatombe soviétique de 1991 et est toujours active, produisant plusieurs milliers de montres par an, proposant des modèles à quartz et d’autres mécaniques, animés par des calibres produits localement et par certains importés du Japon selon les modèles. Les montres Luch furent considérées comme des produits de luxe dans les années 70, mais la marque se concentre aujourd’hui sur des montres très accessibles financièrement et de bonne facture, avec des finitions plus que respectables. Le rapport qualité prix semble être au coeur de leurs préoccupations. Elle se distingue maintenant avec certains modèles mono-aiguilles très réussis, mais surtout avec des montres destinés aux aveugles équipées d’un verre qui s’ouvre pour laisser l’utilisateur toucher les aiguilles et le cadran doté d’inscriptions en braille.

Luch Braille

Molnija

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Credit : Equationdutemps

Les origines de Molnija, qui se prononce “Molnia”, remontent au 17 novembre 1947, dans la ville de Tcheliabinsk. L’activité principale de la marque à cette époque est tout simplement la production de matériel pour l’armée russe, encore elle. Molnija fournit à l’Armée Rouge des montres à gousset, quelques montres bracelet, et surtout des outils de mesure et des horloges destinées à être utilisées dans les tanks, dans les avions et dans les sous-marins de guerre. Elle produira aussi des horloges pour les capsules spatiales de l’époque. La confiance de l’armée et du gouvernement à donné une image forte à la marque, qui a investi massivement en recherche et développement afin de produire du matériel à la hauteur des attentes de ses clients exigeants. La marque s’est rapidement inspirée de concepts mécaniques empruntés à l’horlogerie suisse, notamment à la marque Rolex.

La marque est toujours en activité et une grande partie des produits est encore confectionnée en partie à la main. Les garde-temps restent proposés à prix abordables tout en offrant une qualité certaine, avec un esprit soviétique plus qu’affirmé.

Ne pas sous-estimer la montre russe

Voilà quelques-unes de nos marques russes préférées et leurs histoires. La Russie possède un réel savoir-faire horloger datant de l’époque de l’URSS, et certains garde-temps provenant de ce grand pays valent le coup de s’y intéresser. Une histoire horlogère sérieuse, des processus de production propres, des mouvements manufactures et parfois entièrement créés en interne, des standards de qualité basés sur des produits militaires, autant de caractéristiques qui indiquent qu’il ne faut pas sous-estimer la montre russe. Certains collectionneurs passionnés cherchent des perlent rares datant de la grande époque, mais d’autres pièces plus contemporaines sont elles aussi des montres désirables qui transmettent des émotions intéressantes. Si les maisons horlogères russes continuent sur cette lancée, il se pourrait bien que l’on voit certaines pièces devenir incontournables chez les collectionneurs internationaux d’ici quelques années.