Montres Raketa : Renaissance d’un monument historique russe

Raketa est considérée comme la marque la plus influente et la plus reconnue de tous les temps au niveau international parmi les maisons horlogères russesAvec des origines remontant au 18ème siècle, la marque a permis à l’usine qui la produisait de devenir un véritable empire pendant les glorieuses années de l’URSS, avant de s’écrouler en 1991. Des investisseurs ont décidé relativement récemment de remettre Raketa sur les rails et de ré-inscrire la Russie dans le paysage horloger mondial. Découvrons ensemble l’histoire incroyable de Raketa, le géant de la montre russe.

Raketa, des prémices dans les années 1720

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Pendant la grande époque de l’horlogerie Russe sous l’URSS, il existait une quinzaine de manufactures horlogère dans le pays. La marque de montres russes la plus influente qui ai existé est sans aucun doute Raketa. Cette marque a vue le jour en 1961, mais l’usine qui fabriquait les montres, elle, a ouvert en 1721 près de St-Petersbourg. C’est le tsar Pierre le Grand (30 mai 1672 – 28 janvier 1725) qui fonda cette manufacture, spécialisée à l’origine dans la taille de pierres précieuses et semi-précieuses. Cela restera son activité principale pendant des siècles, et c’est même elle qui est à fabriqué le mausolée de Lenine à sa mort en 1924, ainsi que les étoiles en rubis du Kremlin.

La minutie et la précision des tailleurs de pierres de cette usine sont reconnues dans tout le pays, si bien qu’avant la seconde guerre mondiale, l’armée rouge commande des outils de mesures à la manufacture. C’est également à cette époque qu’elle commence à produire des pierres destinées à être utilisées en horlogerie. Pendant la guerre, les choses se gâtent. L’usine est détruite au début des années 40, et sera reconstruite en 1944. Dès 1945, c’est Staline qui décide de faire produire des montres par l’entreprise. L’usine étant déjà habituée à la production de pierres pour l’horlogerie et d’outils de mesure, la conversion se fait rapidement et les premières montres sortent de l’usine la même année sous les marques Pobeda : « victoire » en russe, et Zvezda , signifiant « étoile ». L’entreprise s’appelait alors « l’Usine de Montres de Petrodvorets« .

Elle se mit à perfectionner sa maitrise des outils et de la technique de production de montres en tous genres, et en 1961, la marque Raketa, qui signifie « fusée » en russe, vu le jour en l’honneur du premier vol dans l’espace de Youri Gagarine la même année.

A noter : Ракета en russe se prononce « Raketa ». On peut donc voir les deux orthographes « Paketa » ou « Raketa » mais il faut prononcer avec un « R ».

Un géant de l’industrie réduit au quasi-néant

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Pendant les années qui suivirent, l’entreprise prit une ampleur absolument considérable. A son apogée, elle produisait près de 5 millions de montres par an, presque exclusivement pour le marché russe et pour l’armée Rouge. Pas moins de 8000 employés travaillaient pour l’usine et vivaient sur place dans des logements spéciaux. La manufacture ressemblait à une ville dans la ville, avec des hôpitaux spécialement construits pour les employés, mais aussi des écoles, des stations balnéaires et mêmes des abris anti-atomiques. Un hymne à la gloire de l’usine était chanté quotidiennement par les employés. Il s’agissait d’un véritable géant de l’industrie, et ce pendant plusieurs décennies.

30 ans après la création de Raketa, en 1991, ce fut la chute de l’URSS, qui entraina la manufacture avec elle. Tout pris fin pratiquement du jour au lendemain … sauf pour une vingtaine de travailleurs qui décidèrent de continuer la production. La transition fut terrible, mais la flamme du savoir-faire horloger russe brulait toujours grâce à une poignée d’irréductibles qui refusèrent de baisser les bras. Ces derniers tentèrent tant bien que mal de remonter la pente pendant 20 ans, mais sans investissements extérieurs, la tâche était presque une cause perdue.

Montre Raketa : Une renaissance attendue ?

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Heureusement pour eux, en 2009, deux entrepreneurs répondant aux noms de Jacques von Polier (Français d’origines russes) et David Henderson-Stewart (Néo-Zélandais) décidèrent d’investir dans Raketa et de remettre la marque sur le droit chemin. La décision fut prise de garder les techniques d’antan, tout en effectuant une claire montée en gamme des produits proposés. Les machines utilisées sont toutes d’époques et la majorité des équipes est constituée d’artisans qui n’ont jamais quitté Raketa ou qui y ont travaillé pendant ses heures de gloire. Ce sont d’ailleurs les anciens qui forment les quelques jeunes arrivant à l’utilisation des différentes machines.

Les processus de production, eux, sont améliorés au fur et à mesure de l’avancée de la marque, encore une fois dans le but d’effectuer cette montée en gamme. En 2014, la marque a créé son propre mouvement automatique, qui est utilisé pour entrainer une grande partie de leurs montres depuis.

Raketa reste une des très rares maisons horlogères pouvant se targuer de produire 100% de leurs composants elles mêmes, incluant le ressort spiral, dont seule une poignée de spécialistes au monde maitrise la production. Un ancien directeur du département ressort spiral de chez Rolex, Jean-Claude Quenet, travaille d’ailleurs à présent chez Raketa. Un signe fort qui confirme les aspirations de la marque à devenir un concurrent sérieux au niveau international.

Un futur prometteur pour les montres Raketa ?

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En 2014, l’entreprise avait produit 30 000 garde-temps.  En 2019, les chiffres parlent d’une centaine d’employés et de plus de 100 000 montres, toutes plus robustes, fiables et élégantes les unes que les autres. Parmi ces milliers de montres, on trouve des modèles classiques, d’autres inspirés de l’esprit vintage avec un zéro à la place de l’index de 12h, comme une marque de fabrique de Raketa, et d’autres osant encore plus original et unique. Certaines d’entre elles ont des inspirations en rapport avec la conquête spatiale et proposent des aiguilles circulaires en hommage au modèle Raketa Copernic du début des années 80. Raketa a toujours été liée au monde de la conquête spatiale, ne serait-ce que par son nom. Les collaborations continuent avec des grands noms du secteur, comme le cosmonaute Sergueï Krikaliov, qui a contribué à la création d’un modèle à affichage 24h nommé « Baikonur » en l’honneur d’un site spatial russe basé au Kazakhstan qui porte le même nom.

On trouve également de nombreuses montres au look sportif dont des chronographes, avec des inspirations pouvant toucher à la navigation ou à la plongée, mais aussi à l’aviation et au sport automobile, sans oublier certaines touches artistiques fortes. Un autre modèle qui sort clairement des sentiers battus s’appelle la « Russian Code », que vous voyez ci-dessous. Les aiguilles de cette montre tournent dans le sens inverse du sens classique, et les index de 3h et de 9h sont inversés. Pas très accessible de premier abord, mais original et innovant. Vendue à plus de 1300 €, cette innovation s’adresse tout de même aux passionnés.

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La fameuse « Russian Code » et ses aiguilles qui tournent à l’envers

Bon nombre de ces modèles sont disponibles à l’international, et on trouve même des boutiques multi-marques qui distribuent Raketa dans certaines grandes villes dont Paris.

Raketa a également conçu, dessiné et fabriqué la plus grosse horloge mécanique du monde, constituée de plus de 5000 pièces, qui est maintenant suspendue dans le hall d’un centre commercial russe à Moscou. La marque fourni également ponctuellement des pièces pour des appareils de mesures de l’armée que seule l’usine est capable de produire en Russie. Il semblerait que cela ne représente pas des sommes considérables, mais c’est une sorte d’assurance de survie, étant donné qu’il est peu probable que le gouvernement ne prenne le risque de se fournir sur d’autres continents pour équiper son matériel de guerre…

Autre point important concernant les décisions de la marque : La mannequin russe Natalia Vodianova a collaboré avec Raketa pour la production d’un modèle très glamour et tape à l’oeil, et est devenue une sorte d’égérie de la marque. Plusieurs hommes politiques russe de haut vol, dont le premier ministre Dimitri Medvedev, se seraient également affiché publiquement avec des montres Raketa. Ces signes de reconnaissance de la part des leaders d’opinions nationaux sont perçus comme des signaux positifs par les gérants de la maison horlogère et jouent un rôle important dans son développement.

Natalia Vodianova raketa

Si cette histoire de marque vous plait, alors on vous suggère aussi de regarder notre page sur la marque Française LIP, un peu dans le même genre.

Conclusion

La marque Raketa a donc été un véritable monument historique pour la Russie avant de sombrer vers une disparition certaine, puis d’être remise sur les rails par des investisseurs nostalgiques et passionnés. En produisant des dizaines de milliers de montres par an que ce soit à mouvements quartz ou mécaniques, et en proposant toutes leurs montres automatiques à plus de 1000 €, Raketa se lance vers une reconquête du marché.

Une originalité sincère, des processus de production perfectionnés avec l’aide d’anciens grands noms de chez Rolex et autres horlogers suisses, des machines-outils intemporelles, un savoir-faire exclusif et la maitrise de certaines techniques rarissimes sur la planète, autant de points qui  appuient la légitimité de la marque et qui laissent entrevoir son potentiel. Reste à découvrir comment ce nouvel acteur sera reçu au niveau mondial lorsqu’il sera capable d’investir dans des campagnes de communication dignes de ce nom, et comment ce potentiel sera exploité par des dirigeants relativement peu expérimentés dans le secteur.