Tripod et MB&F x H. MOSER LM101. Rencontre Genève 2020

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Petit coup d’œil sur MB&F, Horological Lab (le laboratoire horloger) un des ovnis du monde des horlogers indépendants dont nous avons eu la chance de rencontrer une partie de l’équipe lors des Geneva Watch Days, un des très rares évènements du secteur maintenus en cette étrange année 2020.

Maximilian Büsser & Friends: les origines

Au cœur de MB&F, qui signifie Maximilian Büsser & Friends, on trouve monsieur Büsser, un entrepreneur suisse détenteur d’un master en micro-technologie et passionné de Haute Horlogerie.
Né à Milan en 1967, Maximilian découvre le monde de l’horlogerie à l’âge de 22 ans. Il entre chez Jaeger LeCoultre en 91 et participe à son échelle à la restructuration de l’entreprise après la crise du quartz qui fait rage depuis le début des années 70. Il sera notamment très actif en vente et en marketing tout en gardant un lien fort avec les produits et en développant sa passion pour l’horlogerie.

En 1998, il est débauché de chez JLC pour devenir PDG du fabricant américain de bijoux et montres suisses Harry Winston. M. Büsser restera 7 ans à la tête de l’entreprise (qui sera entre temps rachetée par le groupe Swatch en 2013), période pendant laquelle il parviendra à multiplier les revenus par 10, passant de 8 millions de dollars en 1998 à 80 millions en 2005. Parmi ses succès chez cette maison de prestige, on peut noter le projet « Opus » se concentrant sur des montres a complications multiples en collaboration avec des horlogers indépendants, dont par exemple François-Paul Journe, un des horlogers les plus respectés de notre époque à la tête de sa marque homonyme.

C’est en travaillant sur cette série « Opus » que Maximilian Büsser s’est découvert une véritable passion pour la conception de pièces uniques, originales et sortant complètement des sentiers battus. Pour pouvoir approfondir ce concept et s’affranchir d’un maximum de contraintes, il décida en 2005 de créer sa propre marque : MB&F.

En parallèle, depuis 2011, il monte des galeries d’art appelées M.A.D, pour Mechanical Art Devices, dans lesquelles il expose des pièces mécaniques d’artistes souvent méconnus, incompris, avant-gardistes voire underground. La première galerie M.A.D a vu le jour à Genève, puis d’autres se sont ouvertes à Dubai, Taipei et Hong-Kong.

MB&F L’horloge Tripod

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Lors de notre rencontre avec MB&F à Genève, on a pu découvrir plusieurs choses assez grandioses. Pour commencer, l’équipe nous a accueilli avec leur nouvelle horloge de table qui s’appelle maintenant : Tripod.

Tripod est la 13ème horloge proposée par MB&F depuis 6 ans, toutes faites en collaboration avec l’Épée 1839, une maison horlogère suisse fondée en 1839 en France par Auguste l’Épée dans la région de Besançon qui se concentrait alors sur la conception de boites à musique et de composants de montres. A partir des années 1850, L’Épée a développé des techniques d’échappement spécifiques utilisées dans de nombreuses horloges et montres exclusives. Aujourd’hui, la marque continue de proposer des horloges haut de gamme en tous genre avec des mouvements manufactures, comme c’est le cas pour cette nouvelle Tripod.

Le chiffre trois est vraiment central dans cette création: L’horloge a trois pattes, trois yeux, trois boucliers protecteurs sur les côtés, un cadran en trois secteurs ( 3 fois 12 h et 3 fois 60 minutes), un mouvement construit en trois étages, elle offre une lecture de l’heure en trois endroits différents, et un tour de cadran complet prend 36 heures (3 fois 12 heures).

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Il s’agit également de la seconde pièce d’une trilogie d’horloges issue d’une triple collaboration entre MB&F, L’Épée et Maximilian Maertens, un designer qui a suivi un stage d’une petite dizaine de mois chez MB&F en travaillant sur différentes créations.

La première pièce de cette trilogie était la T-Rex. La Tripod est la pièce centrale, et la troisième et dernière pièce de cette série est pour le moment gardée secrète. Cette trilogie se base en grande partie sur Jurassic Park, film culte qui a marqué beaucoup d’esprits lors de sa sortie en 1993, donc celui de Maximilian Maertens qui s’en souvient comme du premier film qui l’a touché si profondément. Le rapport entre le T-Rex et Jurassic Park est assez évident, cependant pour le Tripod, il faut aller chercher un peu plus loin. Dans le film tiré du roman de Michael Crichton, c’est en extrayant le sang d’un moustique emprisonné dans de l’ambre que les scientifiques parviennent à recréer les dinosaures. Cette Tripod, bien qu’elle ressemble plus à une araignée d’eau, est donc la concrétisation de ce moustique. La troisième pièce de la trilogie devrait être inspiré d’une sorte de mammifère, le moustique étant le lien entre les mammifères et les dinosaures…

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En terme technique, c’est un mouvement manufacture L’Épée 1839 à remontage manuel contenant 182 composants et 21 rubis qui entraine la bête. Il offre une réserve de marche de 8 jours et bat à 18 000 alternances par heure. Le corps de l’horloge lui, est fait de 95 composants en laiton plaqué, verre minéral optique et avec des écrans acryliques fluorescents. La pièce mesure environ 26 centimètres de haut pour 30 centimètres de diamètre et pèse dans les 2,8 kilos.

Arnaud Nicolas, PDG de L’Épée 1839, est ingénieur en optique. Il s’est donc fait un plaisir de répondre à la demande des équipes de MB&F pour trouver un mode de lecture de l’heure original et alternatif pour cette Tripod. Il ne suffit pas de regarder l’horloge pour connaître l’heure. Il faut se placer devant une des trois billes de verre et chercher l’angle correcte qui vous permettra de voir apparaitre une réfection du cadran dans la bille, vous indiquant alors l’heure.

Maximilian Büsser dit aimer travailler sur des projets d’horloges car cela lui permet de se délier de certaines contraintes auxquelles il se heurte dans les projets de montres, comme par exemple le fait de rendre une pièce « portable » au poignet, et étanche. Avec l’horloge, les possibilités sont encore plus grandes.

La fabrication à proprement dit se fait plus par L’Épée que par MB&F, qui travaillent plutôt sur la conceptualisation des différentes pièces. Ce business d’horloges en collaboration reste donc le fer de lance de L’Épée 1839, bien qu’MB&F soit au cœur de la création et des idées de départ. L’équipe qui nous a reçu nous a expliqué que MB&F ne touchait presque rien sur ces produits, mais que de nombreux clients découvraient la marque avec ces horloges avant de se tourner vers les montres qui sont malgré tout le cœur de métier de cette maison horlogère indépendante.

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Ces Tripod sont disponibles en édition limitée à 150 pièces : 50 pièces bleues, 50 rouges et 50 jaunes, au prix unitaire de 22 500 francs suisses hors taxes. Encore une fois d’après les équipes d’MB&F, leurs créations de ce type à un prix allant jusqu’à 25 000 francs suisses touchent une cible assez large pour écouler sans problème les productions, qui restent limitées. D’autres tests comme l’horloge robotisée Balthazar, qui annonçait un prix avoisinant les 50 000 francs suisses, auraient montrés qu’il était plus difficile de trouver une clientèle à ce tarif.

En plus de cette pièce hors du commun, pendant notre entretien avec la marque, nous avons pu découvrir et échanger à propos de plusieurs montres, donc la double collaboration entre MB&F et H.Moser and Cie.

 

MB&F x H.Moser and Cie

MB&F a revisité la Endeavour de H.Moser and Cie pour créer la Endeavour Cylindrical Tourbillon H.Moser X MB&F, tandis que H.Moser and Cie a retravaillé la LM101 de chez MB&F pour créer la LM101 MB&F X H.Moser.

Endeavour Cylindrical Tourbillon H.Moser X MB&F

Endeavour Cylindrical Tourbillon H.Moser X MB&F (On s’excuse pour la mauvaise qualité de l’image)

Les deux maisons ont beaucoup en commun et elles collaborent depuis plus de 10 ans. MB&F se fournit par exemple en spiral chez Precision Engineering AG, la société sœur de H.Moser and Cie.

Sur la LM101 MB&F X H.Moser, on découvre donc plusieurs caractéristiques d’habitude propres à H.Moser dont le cadran fumé, l’absence de marque offrant un minimalisme des plus efficaces, et le fameux échappement à double spiral.

LM101 MbandF X H-Moser

LM101 MB&F X H-Moser

Pour cette collaboration, MB&F a produit quatre séries de 15 pièces de cette LM101 revisitée : 15 vertes, 15 rouges, 15 bleues, et 15 Aqua Blue, une version exclusivement développée pour Seddiqi, un partenaire distributeur très proche de MB&F principalement implanté à Dubaï et Abu-Dhabi. Ces 15 pièces exclusives se sont d’ailleurs vendues dès leur présentation par les équipes de MB&F qui s’étaient rendu à Dubaï en janvier 2020 pour l’occasion. Le reste des pièces est également en rupture de stock. Il s’agit du meilleur lancement de MB&F de tous les temps, avec une première vente sur le E-Shop du site internet de la marque par un client qui n’était pas client MB&F auparavant. Pour des pièces proposées à 53 000 Francs suisses, soit presque 49 200 euros, ce fut en effet une belle surprise pour les équipes.

En ce qui concerne H.Moser and Cie, ils ont produit 5 séries de 15 pièces de leur version revisitée de la Endeavour, dont quelques-unes étaient encore disponibles à l’heure de notre entretien au Geneva Watch Days, au prix de 79 000 francs suisses, soit un peu plus de 73 000 euros.

Vous l’aurez compris, cette maison horlogère indépendante voit clairement son travail et ses pièces comme des œuvres d’art à part entière. Dans une vidéo de présentation de la marque et de son parcours, Maximilian Büsser explique que la marque n’a pas de réels objectifs pour le futur et que comme un artiste, il tient à garder la liberté la plus totale possible de manière à orienter ses choix en fonction de ses idées artistiques et non en se basant sur des problématiques mercantiles ou commerciales. Il insiste également sur le fait que son entreprise met un point d’honneur à suivre des valeurs de respect, d’honnêteté, d’intégrité, de créativité, tout en travaillant avec des individus avec qu’il apprécie particulièrement. Une vision de l’entreprise pas toujours facile à suivre au quotidien, mais qui sur le papier donne envie de se pencher de plus en plus sur MB&F et plus généralement sur les horlogers indépendants. Après tout, ne seraient-ils pas ceux qui vont modeler l’horlogeie de demain ?



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