Richard Mille : Histoire et modèles des montres extrêmes

En 2001, un OVNI s’introduit dans l’univers traditionnel et ronronnant de l’horlogerie avec une référence torturée.  La Richard Mille RM001 débarquait sous les yeux amusés des observateurs qui, il faut le dire, ne comprenaient pas bien le positionnement de cette maison illégitime (d’un point de vue historique) au positionnement tarifaire stratosphérique.

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Monsieur Richard Mille ou l’illustration du passionné

L’homme dégage une force tranquille, l’oeil espiègle et la posture sage, il doit bien être animé d’une folie un peu géniale pour avoir entrepris, partant de rien, cette aventure ubuesque. Un adjectif que beaucoup d’entre-nous auraient usité volontiers au départ avec ce mélange de curiosité et de méfiance que l’on réserve souvent aux personnes et aux idées différentes.

Mais Richard Mille est quelqu’un du sérail. De formation plutôt commerciale, il fait ses études à Besançon. En 1974, alors que le quartz s’apprête à révolutionner la chaîne de valeur traditionnelle de l’horlogerie, il officie alors chez Yema avant de partir pour Mauboussin où il dirigera la branche horlogère jusqu’à un désaccord stratégique avec sa hiérarchie qui le pousse à claquer (délicatement) la porte.

Unanimement reconnu et apprécié dans sa branche, il décide alors de prendre les choses en main ; son carnet d’adresse pour commencer. L’idée lui trotte déjà derrière la tête de bousculer ce petit monde un peu poussiéreux qu’est la haute horlogerie. Il faut dire que dans le milieu, on aime se reposer sur ses acquis, et le premier d’entre eux sonne comme une condition sinéquanone à la réussite, il se prénomme Histoire.

Quand ses futurs concurrents s’appuient sur une répétition à l’envie de cette dernière pour justifier leur vision esthétique, leur tarif et leur positionnement, Richard Mille, choisit a contrario de faire de sa précocité son atout numéro un. Son crédo : modernité et perfection, rien que ça.

L’inspiration des extrêmes

Un brin provocateur, Richard Mille le confesse lui-même dans une interview donnée à W.Türler en 2010 : « (…)Par exemple, lorsque les prix moyens pour les tourbillons s’établissaient à 100’000 francs, j’ai voulu aller au-delà de 200’000. Mes montres sont politiquement incorrectes (…)».

Avec des prix oscillant entre 30,000 euros pour « l’entrée de gamme » jusqu’à tutoyer les deux millions d’euros avec la RM 56-01 présentée en 2013, on le croit volontiers.

RM-56-01

Pour tenter de justifier un tel tarif, le cahier des charges de chaque modèle est limpide : aucune limite pour les coûts de fabrication. Concernant la communication, il faut des chiffres clés et pour ce qui est du mouvement. Mieux vaut quelque chose de complètement novateur au plan technique, mais (presque) toujours avec un tourbillon. L’ensemble doit être immédiatement reconnaissable. Facile à dire, mais réaliser des prouesses techniques demande quelque savoir-faire et une bonne dose d’innovation.

A ce titre, Richard Mille n’a pas l’égo sur-gonflé et il le confesse volontiers ; seuls les meilleurs spécialistes sont capable de travailler les matériaux les plus rares et de les intégrer aux conceptions les plus modernes. Depuis le début de l’aventure, c’est donc Renaud & Papi, une entreprise locomotive dans le développement des mouvements d’exception (Audemars Piguet, HYT, Franck Müller, Lange, Jaeger…), qui se charge de la majorité des calibres très compliqués. La manufacture Vaucher est également sur les rangs. Les autres calibres proviennent pour leur part de la manufacture Vaucher.

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Ci-dessous :

RM53-01 Tourbillon Pablo Mac Donough

Considérant cette RM 53-01 Pablo Mac Donough (un célèbre joueur de polo argentin qui n’en est pas à sa première collaboration avec l’horloger), Richard Mille reste fidèle au dessin originel de ses premières créations avec une silhouette dont il s’est fait la signature.

RM 53-01

L’imposant boitier tonneau (44,5mm x 49,94mm x 16,15mm) se passe de cornes pour étreindre directement le bracelet sans adjonction de cornes. Comme souvent, il est incurvé et légèrement courbé sur les flancs, comme un parallélogramme sous hormones. Composé de carbure de titane et de carbone TPT (Thin Ply Technology), un matériau composite de haute technologie usité sur les mâts de certains trimarans de compétition par exemple. Son étanchéité est assuré par douze vis en titane.

Ces dernières prennent place dans des goujons mis en valeur sur la tranche du modèle via des demi-pilastres qui viennent lui donner du relief.

Une architecture caractéristique de la marque, un peu à l’image d’une vitrine miniature à travers laquelle on viendrait admirer le surprenant mécanisme.

RM-53-01-mouvement

Comme souvent, cette RM53-01 dévoile tout. Derrière la glace feuilletée (deux verres saphir intercalés d’une membrane en vinyle), un mouvement tourbillon a remontage manuel pour donner l’affichage de l’heure, sans autres complications.

Particularité de ce modèle censé résister à des chocs considérables, une partie du mouvement est suspendue via quatre tresse d’acier montées sur poulies. Une seconde platine (fixe, celle-ci) faite de deux paraboles verticale viens rigidifier l’ensemble.

La finition entièrement réalisée à la main (le contraire eut-été étonnant) semble superbe, comme toujours, et le résultat remarquable. Le prix l’est également, car il faudra officiellement débourser 941 500 euros si elle vous intéresse.

RM 11-03 McLaren

Si le polo a toujours suscité l’intérêt de Richard Mille, l’automobile n’a jamais cessé d’être au centre des préoccupations du fabricant. Lui-même collectionneur de bolides, c’est logiquement qu’il est allé débusquer matériaux et technologies de pointe du côté de la Formule 1 et plus largement de la compétition automobile.

McLaren-GTR-Concept-920x620

Fort d’une coopération avec McLaren qui s’est matérialisée l’an passé avec la RM 50-03 , la RM 11-03 est le dernier fruit de cette association. Elle a été présentée au salon de l’auto de Genève il y a quelques semaines pour signifier aux aficionados du célèbre constructeur anglais que l’une des cinq-cent montres disponible pourra être directement livré en concession avec le véhicule de leur choix. Délicate attention…

Richard-Mille-RM-11-03-McLaren-Automatic-Flyback-Chronograph-3-1

Les différentes faces du boitier en carbone TPT sont parcourues de fines stries orange vif en Quartz TPT. Comme chez les horlogers plus modestes, on retrouve toute une gamme de rappels visuels au monde automobile. Les boutons poussoirs sont une vague allusion aux feux avant de la McLaren 720S, la couronne imite le dessin d’une jante à bâtons, les compteurs du chronographe sont traités façon tachymètre quant au bracelet caoutchouc, il est perforé par des écopes d’aération.

rm-11-03-mclaren-automatic-flyback-17356-3

Le coeur de la montre est animé par le calibre automatique RMAC inauguré en 2016. C’est un chronographe flyback pourvu de deux barillets et d’un dateur à midi. Il est monté sur une platine en titane PVD squelettée côté face. Le prix s’établi à 196500 euros.

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Sportifs et superlatifs, une stratégie payante

Comme souvent dans l’industrie horlogère, Richard Mille s’est entouré de grands noms pour communiquer sur ses modèles mais le partenariat va souvent plus loin que la simple association.

Au rang des personnalités qui ont donné leur nom aux créations du fabricant, on retrouve bien évidement des sportifs ou assimilés, aux rang desquels le sprinter Yohan Blake (RM 61-01), le pilote Romain Grosjean (RM 50-01), le golfeur Bubba Watson (RM 38-01), le pilote Felipe Massa (RM 009), ou encore l’ancien footballeur Roberto Mancini (RM 11-01)…

Les modèles phares

En s’adressant à de vrais passionnés, la marque est parvenue à afficher son expertise. Elle ne se contente pas d’inscrire ces grands noms sur les campagnes de publicité, elle s’efforce aussi de faire porter ses montres par les premiers intéressés. Si l’on imagine mal Roger Federer s’embarrasser d’une Daytona durant le tournoi de Wimbledon, Richard Mille a introduit ses instruments au coeur de certaines des plus prestigieuses compétitions.

Nadal Richard Mille

Par ce biais, certains modèles ont véritablement créé l’exploit pour devenir des incontournables. Sollicité à sept reprises pour s’associer à l’horloger, Rafael Nadal a grandement contribué à écrire cette épopée en portant ses montres en matches officiels. Pour ne rien gâcher, il a gagné son dixième Roland Garros avec la RM27-03 poignet.

RM-27-03-rafael-nadal

Ce modèle tourbillon ultra-léger en composites ne pèse qu’une petite vingtaine de grammes (18g exactement), bracelet compris, et encaisse, dit-on, des accélérations pouvant atteindre 10G.

RM-Rapha-Nadal

Autre modèle, autre sportif, avec la RM 036-01 que Sébastien Loeb porta sur les épreuves WTCC. Issue d’un précédent modèle conçu en 2013, le pilote contribue l’année suivante à cette évolution originale dans la gamme de part sa forme circulaire (un comble!). Cette imposante montre (47,7mm de diamètre), est pourvue d’un capteur de G placé à 12h sur le cadran et d’une lunette en céramique tournante ajourée afin de sélectionner la nature des G à enregistrer. Un bouton poussoir situé au centre du cadran et désolidarisé de la platine du mouvement en titane PVD permet la remise à zéro du capteur.

Richard-Mille-Sebastien-Loeb

Encore des chiffres

Richard Mille ne cache pas sa réussite. Lui qui avait vu le succès s’emparer de son premier modèle, la RM 001, il savoure la réussite de ce projet un peu fou qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, continue d’attiser le désir d’une clientèle largement implanté aux Amériques, en Russie et au Moyen-Orient.

richard mille RM

En 2009, alors que l’économie mondiale battait de l’aile, un peu moins 2500 montres sortaient des ateliers du canton de Breuleux pour un chiffre d’affaire de 84 millions de francs suisses, soit une augmentation de 22 % par rapport à l’année précédente. A cette époque, l’entrepreneur disait alors vouloir plafonner sa production a 5000 unités. Une valeur qui sera peut-être atteinte dès l’an prochain au vue des chiffres de l’année 2017 durant laquelle 4000 pièces ont été livrées pour un total d’environ 250 millions d’euros. A noter, la marge d’exploitation s’établi à environ 40 %. Un sacré filon pour le français, qui tient à préserver une certaine rareté.